Cube, un grand moment de cinéma.

Il s’agit aujourd’hui de parler de ce qui aurait pu être une grande saga du cinéma de science-fiction et d’épouvante, mais qui n’a donné finalement qu’un film seul, aussi parfait soit-il.

Cube (1997) de Vincenzo Natali

Synopsis : Un groupe de personnes se réveillent dans un labyrinthe géant fait de milliers de pièces cubiques de différentes couleurs dont certaines renferment des pièges mortels. Ils vont devoir tous s’associer malgré leurs différences et leurs différents afin de trouver, grâce aux spécificités de chacun d’eux, la porte de sortie de cette prison, mais ils vont apprendre à leurs dépends qu’il ne s’agit pas seulement de comprendre le fonctionnement du cube pour en sortir, mais de comprendre ce qui fait d’eux des rouages du jeu, reposant sur les capacités de chacun à réfléchir et prendre du recul sur sa condition…

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Cube est un film qui a reçu un succès proportionnel à celui son réalisateur, Vincenzo Natali, d’origine Canadienne – tout comme notre ami David Cronenberg -, et qui signe avec Cube son premier film. Réalisé avec un budget économe pour ne pas dire minime, à savoir 350.000$, et se remboursant presque du triple au box-office mondial, Cube peut être considéré comme un relatif succès dans la carrière de ce réalisateur dont je pense me plonger prochainement dans la filmographie. En effet, réalisé dans une seule pièce de 4m30 sur 4m30 pour un total de 7 acteurs, Cube est un huis-clos dont les codes ont marqués les chanceux à avoir vu le film et à bien évidemment l’avoir apprécié. Car Cube ne laisse pas indifférent, ne peut pas laisser indifférent.

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La manière de tourner dans ce cube est hallucinante, l’équipe laisse submerger le spectateur dans une profonde angoisse qui ne saurait se définir par une critique métaphorique pessimiste de la société qui transcende les dialogues de certains acteurs parfois imparfait – selon d’autres que moi, qui n’ai jamais remarqué un seul écart ayant toujours vu le film en VF ! – ou de par le gigantisme du cube perçu par les personnages, un exploit qui persiste pendant 90 minutes contre un décor apparemment inexploitable et pourtant géré brillamment. Ces contraintes sont indissociables du film puisqu’à l’origine de certaines trouvailles de réalisation, dont les tremblements de certaines pièces du cube, parfois kitchs, et je rappelle en citant Flash Gordon (1981) de Mike Hodges que le kitch n’est péjoratif que lorsqu’il n’est pas assumé, dosées avec parcimonie et talent. De plus, j’ai un coup de cœur pour la BO de Mark Korven, que je trouve très marquante grâce à ces sortes de chuchotements féminins (?), et c’est assez rare que je le souligne !

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Et si j’ai dit dans mon introduction que Cube est un film seul, c’est que ses deux suites, Cube 2 : Hypercube et Cube Zéro (2004), n’ont selon moi pas compris la subtilité et l’habilité de l’intrigue de ce premier film pour en faire de véritables suites. Pris indépendamment du premier opus, nous avons à faire à deux survivals originaux qui tentent de donner des explications plausibles à des événements antérieurs, et postérieurs puisque Cube Zéro est un préquel (ça part mal, j’ai toujours peur des préquels…), mais pris comme une seule entité, la trilogie Cube, donne l’impression que ces films ont été scotchés par-dessus un chef-d’œuvre, ce qui est le cas selon moi. Le seul et unique problème de ces films est de taille : Cube n’a pas d’explication, point final ! Cela semble évident lorsque l’on analyse les dialogues, le début d’explication donné par ces films ne colle absolument pas avec l’histoire originale et la pensée du réalisateur Vincenzo Natali, aussi coscénariste.

Mon but n’est pas ici de faire un reproche à ces films mais bien entendu d’expliquer pourquoi ils sont, selon moi et selon d’autres, des erreurs face au superbe film de Vincenzo Natali. Et comme il est difficile d’exprimer clairement ma pensée sans spoiler ces films, qui peuvent être de bons divertissements malgré tous leurs défauts, je vous inviterai à regarder ces films pour vous faire votre propre avis sur la question.

Cube 2 : Hypercube (2002) de Andrzej Sekula

Synopsis : Tout comme dans le film précédant, des personnes qui ne se connaissent pas se réveillent dans un labyrinthe cubique géant et vont devoir s’unir pour tenter de trouver la sortie. C’est sans compter sur le fait qu’ils se trouvent dans un hypercube, une figure théorique à 4 dimensions dans lequel s’entrecroisent plusieurs réalités. Les règles classiques de la gravité, de la physique et du temps ne s’appliquent plus dans cet hypercube qui renferme plus d’un secret et c’est ce que vont découvrir nos 8 personnages.

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Non pas dénué d’intérêt et d’originalité artistique, Cube 2 tente tant bien que mal de s’éloigner des barrières émises par le précédant épisode. Il est à noter par exemple que cette fois-ci toutes les pièces du cube sont blanches et lumineuses, ne voulant pas tomber dans le registre de la claustrophobie facile mais efficace de Cube et de ses pièces stressantes car étroites et sombres.

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Il est à noter aussi que le concept de base n’est pas mauvais, une fois passé l’intelligible explication sur ce fameux hypercube, les déboires physiques (au sens scientifique du terme) ne semblent pas anormale ni même trop kitchs car elles sont encore une fois assumée par le scénario, même si elles manquent parfois de maitrise de la part du réalisateur inexpérimenté, connu pour son travail de directeur de la photographie sur le cultissime Pulp Fiction (1994) de Quentin Tarantino.

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L’éloignement artistique par rapport aux origines du film n’est pas un tort, bien au contraire, puisque c’est prévu pour l’adaptation du scénario. Mais c’est ici que le tort est commis. Le scénario manque de subtilité, comme je l’ai dit précédemment, mais aussi et surtout de retenue en matière d’explication, je m’explique. La fin lance un début de réflexion sur la provenance de ces différents cubes géants. Qui est responsable ? Pourquoi ? Tant de question en suspend. Soit, la réponse est plus ou moins donnée dans le préquel, mais ce qui m’ennuie c’est que, si Cube Zéro donne des explications sur le contrôle des cubes, il ne donne directement pas d’élément de réflexion quant à la fin peut être inappropriée de ce second film.

Cube Zero (2004) de Ernie Barbarash

Synopsis : Derrière un poste de surveillance, deux hommes s’occupent d’observer le comportement de personnes coincés dans un nouveau labyrinthe. L’un des deux hommes se pose des questions sur la légalité et la légitimité de son travail. Découvrant les travers les plus pathétiques et les plus monstrueux de ses dirigeants, il va se rebeller contre l’autorité de la compagnie (entreprise, organisation militaire ?) qui est responsable des expériences inhumaines qui régissent les jeux qui se déroulent dans ces cubes. Pour se faire, il décide de sauver une femme coincée dans le labyrinthe cubique, connaissant lui-même les rouages du cube, mais il va devoir affronter un jeu plus puissant que lui.

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Il est décidément avéré que la franchise créé de nouveaux réalisateurs ! Premier film de Ernie Barbarash, Cube Zero est étonnamment (souvent) connu par des personnes qui ignorent même l’existence des deux premiers films (incroyable). Cube Zero me lance un regain de controverse envers moi-même. Car, si par sa forme artistique et son contexte global ressemblent bel et bien au premier Cube, le fond est en désaccords avec ce que Vincenzo Natali a mis en place dans son film. Lorsque l’un de ses personnages dit « C’est un peu difficile à admettre, mais il n’y a pas de conspiration, et pas de cerveau démoniaque. Il s’agit d’une erreur, Big Brother ne vous surveille pas… » et qu’un autre dit « Vous vous souvenez de Scaramanga ? Dans l’homme au pistolet d’or ? Je suis sûr que c’est le délire d’un homme riche ! », c’est lui qui s’exprime à travers ses personnages. Et son message est clair, ce n’est pas une organisation qui est censée diriger le cube. Ni même un homme riche ! IL NE DOIT PAS Y AVOIR D’EXPLICATION ! D’ailleurs, une rumeur – que je pense être fondée – dit que Vincenzo Natali aurait tourné un court métrage qui présentait l’extérieur de son cube, mais qu’il a détruit/effacé ce court par intégrité artistique (pas d’explication je vous dis !).

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Néanmoins… Je suis forcé de constater que, pour Cube Zero, le travail de Ernie Barbarash est plus respectueux du travail de Vincenzo Natali que celui fourni par Andrzej Sekula pour Cube 2. Ce qui est étonnant, c’est que ce dernier ai intégralement écrit le scénario de Cube Zero alors que les deux précédents réalisateurs n’ont que coscénarisé avec leurs associés respectifs. Je pense qu’il devait vraiment apprécier le premier film et qu’il s’est donné du mal pour concilier les deux approches et les deux histoires farfelues en imaginant… Un préquel. Et cela s’exprime par un twist final qui lance une ouverture sur d’autres jeux, d’autres cubes, et comble un vide amené par Cube 2.

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Je conclue par dire que, malgré certains écarts de ces deux derniers films, je n’ai pas de mal à les regarder, en prenant le recul de ne pas les associer au chef-d’œuvre de Vincenzo Natali, j’en prends même un certain plaisir (un peu coupable je l’admets). En même temps, c’est comme pour les suites de l’Effet Papillon (2004) de Eric Bress et J. Mackye Gruber : avec un postulat pareil, même avec les pires intentions du monde le film aura un minimum d’intérêt. Trop connu pour son côté gore pourtant peu présent, Cube restera à jamais une expérience cinématographique profonde qui prouve avec humilité que le cinéma n’a pas besoin de beaucoup d’argent et de trente acteurs internationaux pour pondre un ovni quasi-parfait du cinéma d’horreur et de science-fiction, mais d’une équipe talentueuse et investie qui se donne du mal avec de veritables contraintes de production et qui de surcroit transmet une thèse passionnante sur la déchéance de la condition de notre société à l’échelle mondiale. Si vous vouliez la définition de ce que j’appelle un « classique du cinéma », vous êtes servis.