Pourquoi j’aime le Found Footage ?

Le Found Footage ! Je n’aurais pas pu trouver plus passionnant sujet à aborder que celui-ci. Nous allons donc devoir nous poser cette question : qu’est-ce que le Found Footage ?

Derrière ce terme barbare se cache un véritable trésor cinématographique ou plutôt devrais-je dire, audiovisuel… Le Found Footage désigne un genre de films se basant sur le visionnage d’une vidéo ou d’un film à partir d’une image brute, « trouvée », sans montage ni musique et tournée en caméra épaule (on dira que tout film en caméra subjective intradiégétique est un Found Footage, même s’il existe une ambiguité par définition), mais il est difficile de le définir en tant que tel car le genre a beaucoup évolué, et c’est ce qui en fait un sujet passionnant.

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Chronicle (2012) de Josh Trank

Le but, selon moi, de l’utilisation du Found Footage est d’ancrer le film dans un réalisme poussé jusqu’à l’extrême, en incluant le spectateur directement dans le film : la vidéo a été « trouvée », elle est regardée par le spectateur, mais c’est normal puisqu’il s’agit d’une vidéo trouvée. Le spectateur fait donc partie d’un niveau du film tout en restant à sa place de spectateur. Sinon, le Found Footage devient un outil pour la justification d’éléments scénaristiques ou bien pour l’esthétique si particulière qu’elle occasionne.

De plus en plus de films mettent en scène plusieurs caméras qui ont filmé l’histoire qui est montré aux spectateurs. Mais pour que l’histoire défile devant nos yeux, le film a donc été monté, et il ne s’agit plus de Found Footage ? Mais en fait si. L’histoire se passe donc directement devant nos yeux. Alors donc, le film n’a pas pu être « trouvé », il ne s’agit donc plus de Found Footage ? Mais en fait si ! Le Found Footage est difficile à définir mais reste passionnant car il permet de brouiller les frontières entre la réalité et la fiction, ou bien de la mystifier.

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« Plan iconique dans 3, 2, 1… »

C’est le cas pour le film le plus représentatif du genre : Le Projet Blair Witch (1999) de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez, se servant du genre non pas comme d’un élément esthétique mais comme du décor scénaristique qui sert à justifier tout le récit, et même à créer des sentiments de malaise et d’angoisse. Si le budget limité de la production y est pour quelque chose, il ne faut pas oublier de mentionner l’implication et l’originalité des réalisateurs, qui nous offrent une profonde expérience cinématographique. Le Found Footage est utilisé de la façon la plus parfaite qui soit, en prenant le spectateur comme il est, en restant sincère tout en restant profondément ancré dans la fiction, et c’est pour cela, ainsi qu’avec l’excellent marketing du film jouant aussi sur le rôle du film « trouvé », que Le Projet Blair Witch est devenu une icône culte du cinéma d’épouvante.

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Benoît Poelvoorde n’envisageait pas le cinéma avant ce film.

D’autres films jouent plutôt sur l’aspect faux-documentaire ou documenteur (ou encore mockumentary dans sa version anglaise) qui peut être amené, comme Cannibal Holocaust (1980) de Ruggero Deodato, dont la réalisation tellement sordide, tuant réellement 6 animaux lors du tournage, a créé un mouvement très controversé du film, l’apparentant au Snuff Movie, ou bien C’est arrivé près de chez vous (1992) de Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde, dont la subtilité des dialogues ont ravi les cahiers du cinéma.

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Le documenteur est souvent associé à l’horreur, mais ce n’en est pas un sous-genre. C’est très différent.

Mais ça ne veut pas dire qu’un film du genre se veut parfait, bien au contraire. Cloverfield (2008) de Matt Reeves par exemple, part d’un postulat fort sympathique : inclure le Found Footage dans une démarche commerciale hollywoodienne et s’en servir pour donner une impression de gigantisme du monstre face à l’homme. Mais dans un autre sens, le film se rate à raconter une histoire correcte et surtout loupe totalement la proximité du spectateur avec ses personnages et c’est ce pourquoi, tout le long du film, je n’ai absolument pas été impressionné par la maitrise de l’image. Mais au moins, Cloverfield offre une évolution intelligente du processus de création du genre, il ne s’agit plus désormais de faire seulement des films à petit-budget, et prouve au monde que « Argent » n’est pas l’antithèse de « Found Footage ».

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Bien réalisé mais mal écrit, Cloverfield est une grosse déception.

Ainsi, un film comme V/H/S (2012), critiqué pour son inutilité, sa fainéantise artistique et surtout sa gratuité à faire du « gore pour du gore » (encore un fois, une tare critique très répandue) résume bien la manœuvre trop présente des films du genre : « le Found Foutage pour le Found Footage » n’est plus acceptable, même s’il a toujours été présent.

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V/H/S est un film de genre, rien de plus.

Le film le plus représentatif, selon moi, de cette évolution est l’excellent Chronicle (2012) de Josh Trank. Ici, le genre est encore une fois utilisé pour être proche des personnages ainsi que pour projeter le spectateur dans l’univers fantastique de l’intrigue, ce qui réussit l’exploit de faire passer sous silence des éléments du scénario qui seraient mis en avant dans l’exploitation d’un autre genre. Le Found Footage est donc utilisé de manière intelligente, justifiée et maitrisée.

Le Found Footage, subissant l’évolution des mentalités mais aussi de la démocratisation de la vidéo sur le marché d’internet devrait désormais subir une dissociation de style, un renouvellement de la création et de l’utilisation du genre ainsi que l’émergence de nouveaux cinéastes qui marqueront l’histoire du cinéma en proposant de nouvelles idées pour l’exploiter, et j’espère bien être aux premières loges le jour où cela arrivera.

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