Éloge funèbre pour mon grand-père, Michel Jubin.

Initialement, je me suis créé un blog pour rassembler et promouvoir mes activités personnelles ou bien tout simplement pour m’exprimer, pas pour parler continuellement de cinéma. Il se trouve finalement que les deux se recoupent pas mal. Avant, je postais plus de billets, plus régulièrement, et avec plus ou moins de rigueur niveau écriture. Désormais, je ne publie plus uniquement par envie, mais parce que je sais que cela peut avoir des conséquences bénéfiques sur ma vie réelle. Mais pas aujourd’hui.

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Les Landes…

Aujourd’hui, à travers cet article, je trouve avant tout un moyen de m’exprimer parce que ce jour est important et que cela ne pourra plus changer avec le temps. À l’âge de 80 ans, mon grand-père maternel, Michel Jubin, vient de mourir.

Je ne cherche pas ici à me plaindre ou à me complaire dans ma tristesse, mais à dater et à partager ce moment pour que, quoi qu’il arrive à l’avenir, je ne l’oublie pas, que je puisse faire mon deuil paisiblement. Mon but ici est avant tout de lui rendre hommage ; puisque je ne peux plus lui parler alors autant que je parle sur internet.

La vie est ironique tout de même (cette belle salope). J’ai passé un début d’année éprouvant (je pense ne pas être le seul). Actualités morbides, cours fatigants, etc. Bref : il me fallait des vacances ! Et voici qu’elles arrivent vite ces vacances ! Après une lourde semaine de devoirs communs toutefois… Le 13 février au soir, je suis enfin de repos ! Je vais au cinéma puis au restaurant avec ma mère, superbe soirée. Le lendemain, 14 février, pour la première fois de ma vie je n’ai pas passé la saint-Valentin seul, mais entouré d’amis proches. Excellente soirée encore une fois, inoubliable. Et le 15 février, je découvre avec horreur la sordide nouvelle en rentrant chez moi, chienne de vie. Je ne passe pas le seuil de ma porte d’entrée que je vois ma mère s’écrouler dans mes bras en me disant simplement “il est parti”. J’ai connu plus joyeux comme début de vacances…

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Michel Jubin • 08/07/1934 – 15/02/2015

Je ne suis pas croyant mais je suis épicurien, tout comme l’était également mon grand-père. En réalité, quoi que je puisse être, ce n’est pas pour autant plus facile de surmonter ça. Mais je plains les croyants. Au moins, je n’ai personne à qui en vouloir. Bon, je ne vais pas épiloguer sur le sujet. La religion, je n’aime pas ça et puis tant pis. Mais lui non plus n’aimait pas ça, et je ne veux pas oublier ça. Il disait avec beaucoup d’humour et de sagesse, « Je veux me réveiller un matin et dire “oh merde, je suis mort !”… », et c’est plus ou moins ce qui s’est passé pour lui, en mourant tranquillement dans son sommeil, dans sa chambre d’hôpital.

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Été 2011

Mon grand-père et moi étions très proches. Mes petits frères sont beaucoup moins affectés, et je les comprends. Je l’ai bien plus connu qu’eux, et j’étais particulièrement proche de lui. Je tiens beaucoup de lui, physiquement et dans le caractère. Je comprenais ce qu’il était et nous avions des centres d’intérêt communs. On parlait la même langue lui et moi. À je-ne-sais-plus-quel âge, il m’a offert un livre de vulgarisation astronomique intitulé Etoiles et Planètes. À l’époque, je me voyais un avenir tracé vers cette science. Lui était également fan comme moi de Retour vers le Futur et de Doctor Who. J’ai passé des heures avec lui à converser sur la possibilité qu’il y ait de la vie sur d’autres planètes… Je regardais des dessins animés à 2h du mat’ en buvant de bons cafés à ses côtés il n’y a pas si longtemps. Je crois que c’est l’image la plus douloureuse et la plus belle que je garde de notre relation. D’y penser, ça me fait pleurer.

C’était quelqu’un de taquin, qui avait beaucoup d’humour. Un jour, il avait acheté du lait de chèvre pour que je puisse y gouter et je n’ai pas apprécié. Le lendemain matin, mes céréales étaient servis dans un bol, avec une bouteille de lait posée devant. J’ai compris la supercherie tout de suite, et ça l’a fait rire. Je me souviens de ce rire. Ça me fait penser au Petit Prince (1943) d’Antoine de Saint-Exupéry. Désormais je peux dire en toute franchise « Oui, les étoiles, ça me fait toujours rire ! » (c’est émouvant pour ceux qui comprendront la référence). Tout ce que je peux dire de plus sur lui, c’est que malgré la vie compliquée qu’il a mené (alcoolisme, divorce, exil dans le sud etc.), il connaissait et faisait véhiculer des valeurs simples et importantes, ce qui en a fait quelqu’un de bien.

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Le 09 juillet 2011

Je suis dévasté, mais je sais rester lucide. Qu’aurais-je voulu ? Qu’il vive encore des années, en vieillard sénile ? Je regrette simplement que notre dernière conversation ait été aussi courte. Je suis l’un de ses derniers proches à lui avoir dit que je l’aimais. Je sais que je lui ai dit, je lui ai répété plusieurs fois, mais j’aurais dû le garder au téléphone plus longtemps. Quelque part, c’était un adieu mutuel… Lui et moi savions que ça devait arriver prochainement. Mais putain, pas maintenant ! Pas maintenant… C’était définitivement trop tôt. Ça m’en fait couler des larmes, et ça ne finira jamais de m’en faire couler.

Je n’avais pas prévu d’écrire un article comme celui-ci. Je suis désolé.
Je n’ai pas ni l’envie ni la force dans écrire plus.
Papy, je t’aime. Je ne te l’ai pas assez dit.

À Soisy-sous-Montmorency, le 16 février 2015,
Valentin Michel Denis PARIETTI

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