Star Wars, Épisode… Heu non, spin-off. Bref, on s’attaque à Rogue One !

Nouveau-né de l’univers Star Wars, spin-off situant son récit entre la prélogie et la trilogie originale, Rogue One : A Star Wars Story, réalisé par Gareth Edwards, présente la mission-suicide de quelques membres de l’Alliance Rebelle alors que l’Empire s’est emparé de la galaxie, à savoir voler les plans d’une arme surpuissante, « l’Étoile de la Mort », afin d’en permettre sa destruction (à la fin de l’Épisode IV : Un nouvel espoir, faites l’effort de suivre !). Bref, deuxième film très attendu après Star Wars, Épisode VII : Le Réveil de la Force (2015, J.J. Abrams), autant dire que tout le monde me serait tombé dessus si j’annonçais que je ne comptais pas en parler… Il est utile de préciser tout de suite que mon analyse sera plus succincte que celle du dernier film sorti en date, dans la mesure où j’ai trouvé Rogue One… bah plutôt bon, dans l’ensemble, et qu’il a réussi à combler un certain nombre de mes attentes en tant que fan de l’œuvre de George Lucas. Ce qui signifie que je ne vais pas spoiler de partie capitale du film, vous pouvez lire cet article sans crainte.

>>> Mon avis à propos de Star Wars, Épisode VII : Le Réveil de la Force de J.J. Abrams <<<

« Des espions rebelles ont réussi à dérober les plans secrets de l’arme absolue de l’Empire : l’Étoile de la Mort, une station spatiale blindée dotée d’un équipement assez puissant pour annihiler une planète tout entière. » Cette phrase, prémisse de l’Épisode IV, résume à elle seule tout le concept un peu superflu mais bien exploité de Rogue One : raconter une histoire qui se passe pendant le générique d’introduction du premier film de la trilogie originale (ce qui est ironique de la part du seul film de la saga où le choix a été fait de retirer ce générique, mais j’y reviendrai plus bas). Donc le pitch de Rogue One, c’est une sorte de Suicide Squad (David Ayer)… Mais version Star Wars. Gn ?

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Jyn Erso (Felicity Jones), personnage central du film

Pour moi, adapter une histoire de l’univers étendu de Star Wars n’était pas spécialement une idée utile et pertinente et rendait même plutôt illégitimes les épisodes canoniques de la saga en la noyant dans un background qui puise dans des concepts plutôt malvenus car surexploitant la diégèse cinématographique… Et puis passé cette réflexion primaire de cinéphilo-starwarsien hardcore (qui témoigne d’un réel traumatisme du Réveil de la Force en somme !), je suis finalement parti voir ce tout nouvel « épisode mixte 3.5 » en tout bon fan qui se respecte. Et force (mdr) est de constater que Rogue One tient ses engagements jusqu’au bout. Et va même un peu plus loin, en scindant véritablement sa structure en deux parties (diluées) : la première, la mise en place des éléments de l’intrigue, la présentation des personnages, bref le développement de sa spécificité de spin-off en soi, est finalement lente à démarrer et tombe un peu dans l’écueil des personnages « à la Star Wars », mais reste plutôt efficace, et surtout (ce qui d’après moi fonde une grande partie de la bienveillance qu’on peut accorder au film) n’impose pas sa ligne directrice de façon trop massive et brute (comme l’avait fait Le Réveil de la Force en ne respectant pas le caractère des personnages des films précédents) ; la deuxième partie, transitive et jouissive, pont entre les épisodes III & IV, entre les univers opposés et pourtant complémentaires – n’en déplaise aux haters – bref des deux premières trilogies, étant, elle, un véritable hommage décomplexé et respectueux à l’entièreté (ou presque) de la saga.

Car, en effet, à aucun moment « Rogue One » (le spin-off) ne prend le pas sur « Star Wars » (la licence). Fort heureusement, Rogue One n’est pas, comme j’avais pu l’imaginer initialement, un film de guerre « sur fond de Star Wars ». Même si on peut aisément y trouver une gestion plus que singulière des morts du film, traitées avec une désinvolture aussi nécessaire, dans le rythme notamment, que inopportune… (Oui, Star Wars, jusqu’à preuve du contraire, c’est du space opéra et pas du slasher !) Cela en fait-il d’ailleurs un film « plus sombre » au sein de la saga ? Assurément pas. Car Rogue One n’en fait jamais continuellement trop, et franchement, ça fait du bien ! Par exemple : il ne présente aucune surcharge de fan-service prépondérant à ce type de productions. Pourtant, pas mal de clins d’œils sont présents, ce qui, personnellement, ne me fait pas de tort en tant que spectateur, car, tant qu’à avoir vu 6/7 films avant de voir celui-ci, autant que je puisse lire Rogue One autrement que comme un pur novice. Mais cela n’en impacte pas le produit de base, les fondations. Contrairement, à tout hasard, au Réveil de la Force. D’accord… Promis, j’arrête avec le Réveil de la Force ! En clair, Rogue One est une fenêtre ouverte sur une histoire pas encore racontée d’un univers qui le surpasse largement. Toutefois, ce qui en fait ses qualités, cette dichotomie présente entre son concept (son essence de spin-off) et son exécution (se faisant préquel de l’Épisode IV après la prélogie (#préquelception)), en constitue également ses limites… Car, de fait, les personnages manquent de profondeur, même s’ils ne manquent pas d’originalité, et se doivent de suivre des archétypes dommageables, notamment le segment autour du personnage de Jyn Erso (mais j’adore Felicity Jones) qui, s’il fait son petit effet émotionnel, n’apporte qu’une toile de fond, en fin de compte, assez futile au récit.

Bref, on ressent que Rogue One se veut être une sorte de produit « Sous-Star Wars », et que son histoire, bien que racontée de façon intelligente, n’a, par définition propre, pas la portée des films originaux. L’apparition du Grand Moff Tarkin et de Dark Vador nous rappelle en effet que toute l’intrigue est insignifiante au regard de la saga familliale épique des Skywalker ! Mais ce sont, d’après moi, des réelles limites, et non des défauts que l’on peut reprocher véritablement. Car, même s’il reste le cul coincé entre deux chaises pendant une partie de son récit, et bien en puisant et en éparpillant des éléments présents dans toute la diégèse, Rogue One réussit même ce que L’Attaque des Clones (définitivement l’un des moins bons opus de la saga pour tout un tas de raisons) ratait, de façon très simple, en construisant par exemple une romance sans même l’évoquer quasiment par ailleurs.

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L’Étoile de la Mort : Quand même autre chose que Starkiller quoi !

En revanche, d’après moi, le refus de l’encart défilant du générique du début est une erreur symptomatique de l’ADN du film : l’œuvre de George Lucas n’est plus qu’un héritage que les studios peuvent malaxer à leur guise. Ce générique est (ou plutôt était) le symbole diurne de l’ambition cinéphilique du cinéaste, reprenant l’idée d’un texte introductif déroulant d’un sériel télévisé Flash Gordon (dont l’adaptation consistait en le projet le plus personnel de Lucas avant qu’il ne se mette à créer Star Wars à la place). Retirer ce générique, c’est ainsi admettre qu’on a retiré Star Wars des mains de Georgie. Et ça, ça fait toujours (un peu) mal. De plus, la composition musicale de Michael Giacchino est moins inspirée que celles composées par John Williams pour les autres épisodes.

Alors, une fois qu’on a dit ça, on a effectivement tout et rien dit à la fois. Pour le moment, je viens de vous apprendre que Rogue One mérite son titre de A Star Wars Story, certes, mais ce n’est pas tout… Est-ce pour autant suffisant pour que cela vaille vraiment le coup ? Et bien. Non. Si Rogue One s’arrêtait là, le pari serait futile (et il l’est effectivement un peu, mais pas en totalité), et décevant. Pourtant, malgré ma réticence vis-à-vis du projet, j’en reconnais une réelle mise-en-valeur de l’univers à travers différents artifices : alors que donc le film a conscience de l’inconsistance de ses personnages et de son histoire, Gareth Edwards a articulé ingénieusement sa mise-en-scène autour de l’importance de son emplacement spatio-temporel : la mise-en-scène des valeurs de plans uniformes privilégiant le grandiose à hauteur d’Homme rend un aspect très « cinématique sublimée » d’un quelconque jeu Star Wars, qui, si vous n’y êtes ni attentif ou réceptif, peut vous sembler illusoire, mais cela détonne relativement bien des autres films sortis jusqu’à présent. Mais, au passage, relent des Gardiens de la Galaxie (2014, James Gunn) ou d’autres productions sf récentes ? Gn x2.

Sauf que tout ça, c’est bien sympa, mais le plus important est là : le fait est que Rogue One respecte les 6 films originaux. Oui, les 6 ! Cela se ressent dans le design de certains vaisseaux (et de certaines planètes, dont une a le même aspect que Coruscant), notamment celui de notre groupe de rebelles, mélange réussit ce qu’on pouvait voir dans les deux premières trilogies. Les décors et les costumes (même si c’est un minimum pour un film tiré de la licence Star Wars) sont beaux, et le film se permet d’innover en assumant pleinement la présence d’éléments incontournables :
– d’une part, pas de SW sans parler de la Force. Mais pas la peine d’en faire trop pour autant et de coller des Jedis qui en maitrisent la maniement sans expérience préalable (* vomissements de Rey de SW7) ou qui seraient présents alors que presque tout le monde s’est fait décimé dans le film précédant (chronologiquement, l’Épisode III : La Revanche des Siths). Non, un Chirrut Îmwe (joué par Donnie Yen) suffit pour rappeler que « the force is with [us] and [we are] one with the force », et ça fonctionne très bien (même si, en, revanche, la mort – tout petit spoil – de son ami Baze Malbus (Jiang Wen) est clairement traitée de façon incompréhensible et se révèle être l’élément le plus hors-propos du film, car d’une inutilité, hormis symbolique, abyssale).
– d’autre part, pas d’Étoile de la Mort sans parler de la hiérarchie de l’Empire, à savoir Vador/Tarkin VS. le reste du monde. Pas la peine d’en faire trop ou surtout de faire du forshadowing déceptif : on recrée carrément (si si) Peter Cushing en CGI ! Et, autant dire que, oui, la « vallée de l’étrange » est effective, on voit le trucage… Mais ce n’est pas important ! Ce qui compte, c’est que la production s’est dit qu’elle devait faire usage du personnage dans son film, par pertinence d’user de sa structure préexistante (l’Épisode IV est sorti en 1977, mais ce serait dommage de ne pas s’en servir directement pour concevoir l’Épisode 3.5, d’où l’emploi même de rushes du film original dans la bataille spatiale finale de Rogue One).

Toujours pas de Gunghan ?

Puis vient le vrai morceau de bravoure du film, le « Stoppez-tout ! C’est du Star Wars » : les dernières séquences. Elles sont riches en contenu, en émotion, en inspiration, en design… La surenchère de vaisseaux rappelle notamment les meilleurs moments du Retour du Jedi. Pour les quelques minutes de transition post-prélogie, pré-trilogie originale, pour l’engrenage des éléments menants à l’Épisode IV, on peut dire que l’entièreté du film, qui commençait pourtant pas si bien, vaut le détour car a été réalisé je pense essentiellement pour ces dernières minutes. Et c’est ce qui différencie véritablement un film comme Rogue One d’un film comme Jurassic World (2015, Colin Trevorrow) : si les deux films parent avec un handicap assumé et tombent dans les travers de leurs concepts respectifs, Rogue One a très clairement le mérite d’embrasser au maximum sa paternité en incorporant de façon totalement directe les faits mêmes de son prédécesseur (et successeur chronologique) tandis que Jurassic World ne fait que remâcher sa propre nostalgie (et pourtant quel potentiel). Bref, au delà d’être un bon film, Rogue One est également un bon Star Wars. Un bon Star Wars « Without George Lucas », mais un bon Star Wars quand même. Disons que, quitte à dire adieu à Lucas, autant que ce soit pour avoir des Rogue One. Mais certaines critiques ont-elles pour autant raison de placer Rogue One sur un pied d’estale en le citant comme le meilleur des Star Wars ? … Non. C’est clairement du foutage de gueule, il faut bien dire ce qui est, et il faut vraiment ne pas avoir vu ou ne pas avoir compris ne serait-ce que L’Empire Contre-Attaque pour affirmer pareille sottise. Mais Rogue One est tout de même sympathique et navigue dans un entre-deux pas si désagréable, en étant, contrairement au Réveil de la Force, un film fait pour les fans et non par des fans. Il n’est pas étonnant d’ailleurs que George Lucas même ait, semble-t-il, apprécié.

(PS : En cette période de fêtes, Rogue One est l’occasion d’instaurer un nouveau jeu d’alcool assez fameux (testez le soir du nouvel an en pensant à moi) : demandez à vos amis quel est le 4ème film de la saga chronologiquement. Puis le 5ème suivant l’ordre de sortie au cinéma… Puis encore le titre du 8ème film sorti. Etc. Alternez. La Menace Fantôme ? Tu bois…)

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