Cronenberg, le génie fétichiste des nombrils.

Avec un nom pareil, vous vous attendez surement à un article bizarre. Et vous avez raison, puisqu’il est question d’étudier aujourd’hui les thèmes d’un des cinéastes les plus passionnants qui soient, David Cronenberg.

Alors, tentons de définir clairement ce que doit contenir un film de Cronenberg. Car chaque réalisateur tente de s’identifier plus ou moins discrètement à des thèmes spécifiques. Or dans ce domaine, Cronenberg ne fait pas dans la dentelle. Et comme le sujet est vaste, je ne vais tenter de définir ici qu’un seul de ses thèmes (le plus apparent), la transformation organique, corporelle, psychologique et technologique dans un contexte critique cassant les barrières entre réalités et fictions. Annoncé comme cela, ça semble simple, et pourtant il n’y a rien de plus compliqué que chercher à comprendre les travers philosophiques et sociologiques cachés dans ses films. C’est son travail esthétique, à première vue, un amas visuel incompréhensif, qui finalement est l’élément le plus normal pour le commun des mortels. Parce que lorsque l’on regarde Vidéodrome (1983) par exemple, il est bien plus facile de comprendre le fonctionnement du système organique de Max Renn lorsqu’il s’insert une cassette vivante dans le ventre (ce qui est tout à fait normal pour Cronenbreg) que de comprendre le message sur l’aliénation du pouvoir des médias sur les hommes.

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Car, si ce n’est pas l’esthétique singulière de Cronenberg qui est difficile à cerner, l’usage qu’il en fait est simplement perturbante. Toujours dans Vidéodrome, ce qui peut perdre le spectateur c’est l’absence de limite entre le rêve et la réalité. Pour les néophytes, c’est l’occasion de dégainer des théories, aussi rationnelles que farfelues, sur l’explication du film et de ses messages.

Et ces messages, quels sont-ils ?

Dès le début de sa filmographie, Cronenberg a compris que le moyen le plus sûr de se poser des questions sur des sujets compliqués, tout en étant apprécié par un large public, c’est d’utiliser les deux genres qui permettent le plus de symbolisme possible, c’est à dire le fantastique et la science-fiction.
Il trouve son terrain de jeu dès son premier long métrage, Stéréo (1969), terrain qui le définira toute da carrière, le corps humain. Stéréo introduit un autre cadre affilié au corps humain, le médical. Avec un gout (très) prononcé pour la chirurgie, ce qui lui permet de faire ce qu’il veut du corps de ses personnages. Lorsque le médical et le corps humain ne sont pas au centre de l’intrigue, ils servent tout de même de moteur ou de décor, comme dans The Dead Zone (1984) (Dont le scénario me fait ironiquement penser à un épisode de The Twilight Zone), où un accident de voiture est à l’origine du pouvoir de prémonition de Johnny Smith qui passe une partie du film avec son médecin. Cronenberg montre que s’il sait traiter des propos déstabilisants tout en mettant en avant son esthétique.

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Le cas le plus marquant reste La Mouche (1980), film parfait à tout point de vue, dans lequel Cronenberg nous offre un équivalent cinématographique de La Métamorphose de Franz Kafka, ce qui signifie une redéfinition complète de ce qui fait un humain, l’ADN ou l’humanité de l’individu, ses pensées ou ses actes, sa volonté ou les faits, ses rêves ou sa vie, sa haine ou son amour ? Si la photographie de sa début de carrière a un peu vieillie, ici elle ne cesse une seule seconde d’être parfaite et travaillé, et c’est un véritable plaisir de redécouvrir cela en ces temps de synthèse et de motion capture.

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Cronenberg sait de plus réitérer ses thèmes et ses codes visuels tout en se renouvelant, comme c’est la cas pour eXistenZ (1999) qui reprend la technologie vue dans un état organique comme c’est le cas pour Vidéodrome précédemment cité, à ceci près que la barrière entre réalité et rêve est plus distincte (du moins que vous croyez) et que cela permet une lecture plus ouverte, sur un message certes moins original, mais plus simple tout en restant plus approfondi… Que demander de plus ?

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Réflexion sur la nature de l’homme, sur son pouvoir, sur ses actes, sur les rapports entre les individus, sur les rapports de l’homme avec la technologie, sur ce que l’homme deviendrait d’un point de vue physique si de tels rapports venaient à évoluer de façon violente, fusionnelle etc…

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Comment ? Je n’ai toujours pas justifié le titre de cet article ?! Ha ouai mais ce n’est pas bien compliqué à comprendre, il s’agit là d’un dernier thème de Cronenberg.
Quel est le rapport entre Vidéodrome, eXistenZ, Frissons (1975) et Chromosome 3 (1979) dont je n’ai pas parlé parce que mon but n’est pas d’énumérer toute la filmographie du bonhomme. Quel est le rapport entre ces quatre films ? (Oui son réalisateur, merci, mais encore…) C’est bien simple, dans ces quatre films nous voyons les nombrils les personnages de très près, d’une manière bien spécifique à Cronenberg évidemment.

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Cela vient du fait que, si certains de ses films exploraient la sexualité d’un manière explicite, comme dans Stéréo, Rage (1976) ou bien Crash (1996), le thème c’est ancrée par l’image de la mère, du cordon etc…
Ou bien… David Cronenberg serait-il fétichiste des nombrils ?!

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