Alien (1/2) : saga schizophrène.

Lancé par le mon précédant article sur Flash Gordon (1981) de Mike Hodges, j’ai décidé de revenir sur quelques œuvres cinématographiques majeures dans le sous-genre du space opéra, à commencer par une saga de films qui a beaucoup évolué, la saga Alien.


Alien est une saga passée aux mains de grands réalisateurs et scénaristes, chacun avec des visions différentes de l’alien, des rapports de la bête avec son environnement, son moyen de procréation (sur ce point c’est d’ailleurs un peu le bordel), avec ses proies, chacun voyant l’héroïne différemment etc…

Avant toute chose, pour comprendre cet article, il vous faut comprendre quelques petites choses… Un Facehugger est une bête qui insémine le futur alien par la bouche d’un hôte, la plupart du temps humain. Ce Facehugger sort d’un œuf pondu par une reine alien… Lorsque l’alien sort du corps de l’hôte en lui brouillant l’abdomen, il est appelé Chestburster. Après sa croissance, l’alien est appelé Xénomorphe, et le seul but de cet alien va être de tuer tout ce qui bouge… L’ADN de l’alien se modifie plus ou moins en fonction de son hôte, ce qui fait que le xénomorphe sorti du corps d’un quadrupède dans Alien 3 est lui aussi un quadrupède.

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Alien, le huitième passager (1979) de Ridley Scott

Après que Dan O’Bannon et John Carpenter ai scénarisés et réalisés Dark Star (1974) – qui est un chef d’œuvre -, Alejandro Jodorowsky fut impressionné et demanda à Dan O’Bannon de le rejoindre en Europe tandis qu’il travaillait sur l’adaptation de Dune , projet qui ne verra jamais le jour car beaucoup trop ambitieux et qui sera finalement réalisé plus tard par un certain David Lynch. Grace à ce voyage, il fait la rencontre de H.R. Giger. Une fois rentré aux USA, pour se consoler de l’échec du projet, il écrit le scénario de Alien. Le scénario fut modifié et lorsque la Fox voulait refaire une œuvre de science-fiction après Star Wars (1977) de George Lucas, elle a pioché le scénario de Alien. Ridley Scott, réalisateur né de la publicité, est approché pour la réalisation; il décide de s’inspirer d’œuvres diverses du space opera mais aussi de Massacre à la Tronçonneuse (1974) de Tobe Hooper. Dan O’Bannon présente H.R. Giger à Ridley Scott pour le design des Aliens. Ils prirent Sigourney Weaver comme actrice principale (bien qu’au départ le personnage était un homme) et Jerry Goldsmith comme compositeur. Il est à noter que peu de temps après, Jerry Goldsmith est à nouveau appelé pour composer une bande originale d’un film de space opéra : Star Trek, the Motion Picture (1980) de Robert Wise. Et ce fut un nouveau chef d’œuvre, cette bande originale est incroyablement belle…

Synopsis : En 2122, les passagers du Nostromo sont réveillés de leur biostase par l’ordinateur de bord pour aller enquêter sur la possibilité d’une vie extraterrestre sur une planétoïde d’où provient un signal. Lorsque deux des passagers examinent des œufs trouvés sur place, un facehugger saute et se colle au visage de l’un d’eux. Une fois rentré au Nostromo, l’homme est examiné par l’équipage. Sort de sa cage thoracique un xénomorphe, qui s’échappe dans le vaisseau pour pouvoir exterminer les membres de l’équipage. Les cinq passagers vont tenter de survivre en compagnie de leur commandante Hellen Ripley. Plus tard, il découvriront que l’un d’eux, Ash, n’est qu’un androïde qui veut capturer la bête pour la ramener à la compagnie dirigeante des activités du Nostromo.

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Ceci est un Facehugger.

Ce premier opus, à l’origine destiné à avoir un succès restreint, devient – comme pour La Guerre des Etoiles – le premier film de l’une des sagas les plus importantes de l’histoire du cinéma de science-fiction.

La réussite de Alien, c’est son coté immersif, qui nous fait croire que nous sommes nous aussi attaqué par un alien, grâce son atmosphère claustrophobique (?) et grâce au dosage parfait entre deux sous-genres du cinéma, la science-fiction nous offre le space opera et l’espace qui lance un somptueux contraste avec cette atmosphère, et le film d’horreur qui offre la base des codes du slasher movie : un groupe de personnes confrontées à une menace qui les tuera un par un jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une survivante.

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Ceci est un Xénomorphe.

Ridley Scott est le premier à manier la bête, et, contrairement à James Cameron et Jean-Pierre Jeunet, qui s’occuperont respectivement du second et du quatrième opus, il choisit le hors champs pour rendre sa bête plus terrifiante. Probablement à cause de son budget restreint, 11 millions de Dollars (ça reste plus que Star Wars). Alien installe subtilement le thème du viol, par l’aspect des facehuggers qui inséminent les chestbursters par la bouche mais aussi par l’allégorie des conséquences engendrées par l’alien, Ripley est seule face à un prédateur qui lui veut du mal, et personne ne peut l’aider, le Nostromo désert pouvant représenter la solitude psychologique de Ripley… C‘est un sujet à débattre. Par ailleurs, pour rendre ces concepts plus réalistes, Ridley Scott use de différents artifices, notamment ne pas prévenir les acteurs lors des confrontations avec le monstre et faire tourner des enfants en combinaisons lors de la scène du Space Jokey.

Avec un film aussi réussi, il n’était pas étonnant que la production se lance sur une suite.

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Aliens, le retour (1986) de James Cameron

James Cameron voulait Arnold Schwarzenegger, en tournage pour Conan Le Destructeur (1984) de Richard Fleischer, pour jouer dans Terminator. L’un des producteurs et scénaristes de Alien, David Giler, impressionné par son scénario, lui demande d’en écrire une suite. James Cameron, admiratif du travail de Ridley Scott, propose donc son scénario. La Fox lui promet la réalisation si Terminator remporte du succès. James Cameron est donc pris comme réalisateur pour Aliens, Le Retour. Son idée est que pour faire une bonne suite, il faut développer un film original, tout en reprenant les éléments les plus intéressants des aliens (entre autres son mode de reproduction) mais en changeant les enjeux du film. Son implication affecte le design des décors, plus industriel et des aliens devenus plus squelettiques; par ailleurs il dessine lui-même la reine des xénomorphes en reprenant le design de H.R. Giger.

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Ceci est un androïde.

Synopsis : En 2179, après être restée 57 ans en biostase, Ripley est retrouvée par la compagnie dirigeante du Nostromo, la Weyland-Yutani, qui lui apprend que LV-426 est colonisée par un groupe d’employés de l’entreprise. Lorsque les liaisons avec la planète fussent absentes, la compagnie renvoya Ripley, un groupe de marines et l’androïde Bishop inspecter les lieux dans l’éventualité où les aliens décrits par Ripley seraient à l’origine du problème. Une fois sur place ils découvrent que la population a effectivement été décimée à l’exception d’une petite fille nommée Newt. Ripley va cette fois devoir combattre bien plus d’aliens que dans le Nostromo, mais de plus faire face à une reine alien furieuse que l’on vienne tuer ses enfants.

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L’équipe constituant l’armée du film a suivi un stage commando avec des vrais militaires.

James Cameron préfère accentuer le côté impressionnant de la créature en intégrant une reine xénomorphe, mais surtout en intégrant et en montrant plus clairement les aliens, beaucoup plus d’aliens, qui deviennent très impressionnants, notamment grâce aux effets spéciaux plus que réussis et à l’aspect film d’action pleinement assumé (les deux marques de fabrique de Cameron). Il fait de Ripley le personnage central du film plus que dans le premier opus – en même temps, c’est logique – et lui donne une approche plus humaine et donc plus identifiable, lui donnant une histoire avec sa fille morte de vieillesse (dans la version longue) et sa pseudo-adoption de Newt. Sans parler de l’androïde plus rassurant, plus positif. Un androïde positif ? Chez James Cameron ?! Vous voyez la référence…

Il exploite bien plus la compagnie dirigeante des activités du Nostromo et de LV-426, la Weyland-Yutani, qui deviendra un élément très important dans Alien VS Predator (….) de Paul W.S. Anderson. Cette haine des grandes entreprises se ressentira encore dans la suite de sa filmographie, comme pour Cyberdyme dans Terminator 2.

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Alien³ (1992) de David Fincher

Les producteurs de la saga, David Giler et Walter Hill, envisageaient plusieurs scénarios pour deux films de plus. La Fox est d’accord pour financer, à condition que Ridley Scott réalise la suite, mais il fut occupé par Thelma et Louise (1991). Passée par un nombre conséquent de scénaristes et de réalisateurs, la Fox redonne le pouvoir aux producteurs qui engagent David Fincher, anciennement employé chez ILM sur le tournage de Star Wars et réalisateur de pubs et de clips pour Michael Jackson et Madonna. La production du film est lancée tandis que le scénario final est en cours d’écriture. L’histoire est remaniée plusieurs fois au cours de la production, ce qui emmena à un tournage très difficile. David Fincher, n’ayant pas eu le final cut et ayant dû subir cet enfer, reniera le film et finira sous antidépresseurs – mais cela façonnera sa filmographie, l’une des meilleures de l’histoire du cinéma. Oui, je ne cache pas mon admiration pour son travail.

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Dans Alien 3, le monstre n’est plus véritablement l’alien, mais l’homme. L’intrigue se situe tout de même dans une prison de violeurs meurtriers…

Synopsis : En 2179, Ripley se réveille sur Fiorina 16 où se trouve uniquement une prison remplie de violeurs récidivistes s’étants fait leurs propres lois. La capsule de secours où se trouvait Ripley, Bishop et Newt s’est écrasée faisant d’elle la seule survivante du massacre des employés de la Weyland-Yutani par des aliens une seconde fois. Après qu’un facehugger ai inséminé un chestburster dans une vache dans la version longue et un chien dans la version cinéma, que Ripley se fasse violer se soit battue avec plusieurs détenus et qu’elle ai désactivé définitivement Bishop, l’alien quadrupède (puisque l’adn de l’alien mute en fonction de l’hôte du facehugger) attaque le groupe et, alors qu’il pourrait aisément tuer Ripley, la laisse partir. Elle découvre avec stupeur qu’elle porte une reine alien en elle, et qu’elle est condamnée. Le groupe tente donc de survivre le temps qu’un vaisseau de la Weyland-Yutani arrive sur Fiorina 16.

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La saga Alien peut être considérée comme une suite de huit clos, puisque chaque film se passe dans un endroit confiné et enfermé.

Malgré toute la difficulté qu’a eu David Fincher pour faire le film – et malgré le fait que ce soit très clairement le moins bon de la saga -, Alien 3 n’en reste pas moins réussi. Son talent est visible dans la manière de filmer, ou plutôt, de ne pas filmer l’alien. On peut par exemple citer la vue subjective qui est une géniale trouvaille de mise en scène pour suggérer la présence de l’alien en hors-champs, alors qu’il ne manquait pas de budget pour faire un simple alien.

Là où ce film excelle, c’est que malgré toutes les réécritures du scénarios, celui choisi en une suite plus que renouvelée, en mettant en avant des aspects plus ou moins explorés de l’univers. On peut voir le thème du viol sous un autre angle, Ripley est entourée d’hommes dangereux et d’une bête qui ne lui veut pas de mal (la reine dans son ventre empêche l’autre alien de la tuer) tandis que dans les autres films, à l’exception du premier, elle est en sécurité parmi les hommes et entourée d’aliens dangereux. Par ailleurs, le thème de la mère revient encore une fois, Newt est morte, et Ripley est enceinte d’un alien. On peut l’interpréter comme une simple réflexion, un enfant adopté est parfois plus reconnaissant q’un enfant biologique… C’est une pure invention de ma part.

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Alien résurrection (1997) de Jean-Pierre Jeunet

La Fox engage Joss Whedon – connu pour son travail de scénariste sur la série Buffy contre les Vampires (1997/2003) et futur réalisateur de Avengers (2012) – pour écrire un quatrième Alien. A l’origine sans Ripley, les producteurs David Giler et Walter Hill lui demandent de la réintroduire, et comme la science-fiction peut tout faire. Sigourney Weaver demande à changer quelques éléments et devient coproductrice. La production passe par de nombreux grands réalisateurs, Danny Boyle, Peter Jackson et Bryan Singer, avant d’engager Jean-Pierre Jeunet pour son style visuel.

Synopsis : En 2391, sur la station Auriga, des scientifiques militaires clonent Ellen Ripley et l’embryon de la reine alien pour faire des œufs de facehuggers. Le clone de Ripley, dont l’adn mélangé à de l’adn alien lui donne de bons réflexes et une bonne force, est gardé en vie. Un groupe de bandits amène des humains en stase pour que les scientifiques fassent des xénomorphes à partir des œufs de facehuggers. Les xénomorphes obtenus ne tardent pas à s’échapper tandis que les mercenaires s’allient à la nouvelle Ripley pour échapper à un nouveau massacre. L’une d’entre eux, Call, s’avèrera être un androïde, et la nouvelle reine alien apprendra sa nouvelle capacité dûe au clonage et au mélange avec Ripley : pouvoir procréer sans oeufs ni facehuggers…

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Cette scène aquatique prouve encore une fois que personne ne peut échapper à un xénomorphe enragé.

Avec la mort de Ripley annoncée dès le début d’Alien 3, nous aurions pu ne pas apprécier le retour scénaristique de la saga sauf que… Bah d’une part le retour de Ripley est intéressant, mais d’autre part le traitement des aliens dans le film est un changement radical parfaitement réalisé, rappelant beaucoup le second opus de James Cameron. Déjà, il n’est plus question d’un alien mais de plusieurs aliens, et la manière impressionnante de les montrer, à l’aise partout, et même et dans l’eau, soulève des questionnements sur l’identité des aliens…

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Je le répète régulièrement sur ce site, j’adore quand on touche de près ou de loin à la manipulation génetique.

D’ailleurs, l’arrivé du Newborn, mi-alien mi-humain né de la reine xénomorphe, fait pencher la balance dans le sens de cette fameuse question, c’est quoi un alien, comment sa reproduction et son adn fonctionnent, pourquoi la vie, pourquoi la mort etc… Et le mélange alien-humain est génialement réussi, de part l’aspect physique du Newborn, mais surtout grâce au traitement psychologique de Ripley. Elle est ici tout ce qu’elle n’était pas dans les précédents films, à savoir parfois plus proche des aliens que des humains, parfois plus alien que humaine… Sigourney Weaver a d’ailleurs réellement réussie l’exploit du panier au basket, ce qui rend la scène plus réaliste…

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Le travail de H.R. Giger est assez excellent, et je vous conseille vraiment, si vous êtes fans, de faire quelques recherches sur internet.

J’ai bien évidemment ma vue personnelle sur la saga, nous pouvons selon moi la couper en deux parties. Partie A : Alien 1 & Alien 3, dramatiques, où Ripley est fragile mais reste imperturbable, ce qui lui permet de survivre. Elle survit. Elle est la seule femme et/ou survivante et se bat contre un alien, symbole d’inhumanité. Elle a contrôle sur son environnement et donc, pour faire monter la terreur, l’alien est placé en hors champs. Les androïdes sont de mauvaises créations qui ne servent qu’au profit d’une compagnie dont les dirigeant sont des tyrans. Partie B : Alien 2 & 4, plus positifs, où Ripley est une femme protectrice mais plus dominante qui se bat contre une reine et ses enfants. Elle botte des culs avec une equipe de branquignols. Les androïdes sont plus gentils, plus positifs et sont le symbole d’une humanité qui résiste face à elle-même ou face à des aliens. Elle ne contrôle pas son environnement, et les aliens sont montrés bien directement.

Il y aurait tant de choses à dire sur chacun des films, des réalisateurs ou de la saga en général, mais, ça ne servirait à rien d’énumérer plus de choses sur la saga pour finalement revenir à cette conclusion : la saga Alien est extraordinaire. Et pourtant, de petits malins ont trouvé le moyen d’en faire des suites médiocres.

Lire la seconde partie : Alien, les inconcevables descendances.

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