Dark Star, le chef d’œuvre oublié !

Comme vous le savez – ou pas, si c’est le premier de mes articles que vous lisez -, j’aime particulièrement le space opéra (pour ceux qui l’ignorent, c’est un sous-genre de la science-fiction porté sur l’exploration ou les affrontements intergalactiques). Certains des films du genre sont assez étonnants, et aujourd’hui je vais vous présenter l’un de ceux qui m’ont le plus marqué, à savoir Dark Star.

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Dark Star (1974) de John Carpenter : désormais l’un de mes films préférés.

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John Carpenter

J’aime beaucoup regarder les premiers films des grands cinéastes indépendants américains, la plupart du temps quelques chef d’œuvres peuvent s’y trouver, comme chez Steven Soderbergh ou Kevin Smith. Et parmi beaucoup de choix, un m’a particulièrement intrigué : le premier film du chef de file du mouvement, John Carpenter.

Alors, Dark Star (1974) ne m’a pas attiré uniquement pour cela, vous vous doutez bien (étant donné que le film est méconnu, il m’a fallu une bonne raison pour le voir). En fait, j’y ai vu la proximité avec pas mal de mes standards personnels… L’histoire qui m’amuse beaucoup correspond très clairement au jeu des six degrés de séparation : Blade Runner (1982, Ridley Scott), qui est l’un de mes films préférés, n’aurait jamais été réalisé sans le succès d’Alien, le huitième passager (1979, Ridley Scott), qui n’aurait lui-même jamais été écrit par Dan O’Bannon sans le projet chaotique et inachevé Dune (Alien a été écrit en “consolation” de l’échec du projet) – repris plus tard par David Lynch en 1984 – duquel Alejandro Jodorowsky n’aurait jamais fait appel à lui s’il n’avait pas vu Dark Star ! Et à partir d’ici, je ne vois plus qu’un seul film à traiter…

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« Dans l’espace, personne ne vous entendra crier. » – Alien, le huitième passager

Synopsis du film : Quatre astronautes (interprétés par trois illustres inconnus + Dan O’Bannon), sont membres depuis plus de vingt ans du vaisseau spatial spatial Dark Star dont la mission est de détruire des planètes instables grâce à des bombes parlantes et conscientes. Tous s’ennuient profondément, s’insultent et ne font qu’écouter de la musique pour se distraire. Un jour, leur mascotte décide de se rebeller…

Dark Star est le film de fin d’étude du cinéaste, ce qui signifie que son budget était relativement ridicule (60 000 dollars). Avec cette pensée on ne peut qu’être impressionné par le travail qui a été effectué. Le film a été pensé pour être l’exact opposé de 2001, l’Odyssée de l’espace (1968, Stanley Kubrick), et cela se ressent, notamment dans le rythme : la version cinéma ne fait que 83 mins ! Ce qui signifie – même si c’est probablement plus du au budget qu’à une véritable intention – qu’on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer. Alors dans le fond, le temps a quelque peu ravagé le message du film qui se perd totalement dans son côté comédie “Star Trek du pauvre”, mais pas tant dans la forme que cela. Les effets spéciaux sont très datés certes, mais (la nuance est subtile) n’ont pas vieilli pour autant ! La photographie est sublime et rend le film assez réaliste.

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L’un des derniers films de John Carpenter, Ghosts of Mars (2001), se déroule aussi dans l’espace. Malgré son échec critique et commercial, c’est un film sous-estimé que je vous recommande.

La bande originale, composée par Carpenter lui-même (comme à son habitude) et dont la géniale musique des génériques a été écrite et interprétée par deux de ses amis, associée au mixage sonore, fait la force du film. On est encore loin des compositions de Jerry Goldsmith pour Star Trek (1979, Robert Wise), et à des années lumières des compositions de John Williams pour Star Wars. Mais ça n’en reste pas moins incroyablement jubilatoire pour les fans de space opéra : ajoutée à l’esthétique visuelle irréprochable du film, cette bande originale rend le tout uniforme et intemporel. On se croirait vraiment dans l’espace.

imageDark Star est représentatif d’une période : les années 70 (et par extension les années 60) dont la population a grandi avec des séries comme Star Trek (1966, Gene Roddenberry), et qui attend encore la révolution Star Wars (1977) : dans cet entre-deux, avant que Georges Lucas ne devienne définitivement le symbole de cette génération, John Carpenter nous offre une œuvre sensationnelle, à mi chemin entre le génie et le nanar. J’ai personnellement l’impression que si l’histoire se souvient de Flash Gordon (1981, Mike Hodges) pour de mauvaises raisons, ces mêmes mauvaises raisons ont fait tomber dans l’oubli Dark Star. Pourtant, c’est très clairement un film visionnaire, qui a prédit l’émergence du mouvement.

Quand on regarde Dark Star, on peut y voir un vieux nanar des années 70, c’est indéniable. Mais quand on fait un effort pour rentrer dans le film, en prenant en compte les difficultés du bord, les limites du budget, et en le recontextualisant dans l’histoire du cinéma, on se rend compte qu’on ne tient pas seulement un vieux nanar, mais un film unique, représentatif d’une période, d’un genre et d’une ambition qui force l’admiration. C’est très clairement une œuvre que je vous recommande. Si vous avez le moyen de le voir, que vous êtes fan de space opéra, que vous êtes un bon cinéphile, pas trop exigeant non plus (ça reste un vieux film tombé dans l’oubli), et que vous avez déjà vu une bonne partie des films du genre sans être complètement rassasié, foncez voir Dark Star ! Je vous le recommande absolument.