Seul sur Mars… Mais pas dans la salle de cinéma ?

Pour marquer le coup, le fameux jour du « 21 octobre de l’an 2015 » de Retour vers le Futur 2 (1987, Robert Zemeckis), j’ai décidé de m’accorder le plaisir d’aller voir (plutôt que Jaw 19) le dernier film de Ridley Scott, Seul sur Mars, avec mes amis Camille et Ilan.

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« This time, it’s really really personal ! »

Alors que Prometheus (2012) a entassé le réal dans une mauvaise posture critique ces dernières années, ce dernier vient de réaliser une sorte d’anti-Alien plutôt original.

Régulièrement comparé à Interstellar (2014, Christopher Nolan) car leurs ressorts dramatiques sont fixés à partir de leurs pitchs respectifs et de la crédibilité de leur contenu scientifique, ainsi que de la présence et de la posture similaire de Matt DamonSeul sur Mars se rapproche pourtant beaucoup plus d’Apollo 13 (1995, Ron Howard). Car, il peut se revendiquer d’un large cinéma de genre. Et quel genre fabuleux ! Difficile de ne pas trouver une dizaine de références possibles, en farfouillant sur ce site-même. Pour une fois, il faut saluer l’effort marketing du film : conserver autant d’éléments de l’intrigue était osé – moins peut-être que pour American Sniper (2014, Clint Eastwood), qui oubliait presque de mentionner le fait d’être un biopic -, pas forcement compliqué, mais louable pour un film de cet envergure. Outre le débat sur la découverte de l’eau sur Mars par la Nasa il y a peu de temps, j’ai apprécié avoir envie d’aller voir un film grâce à sa bande-annonce et ne pas être déçu. Parce que, entre Jurassic World (Colin Trevorrow) et son imagerie repoussante au moment des teasers, et la catastrophe suprême de Terminator : Genisys (Alan Taylor), 2015 aura eu son lot de travail de vente dégueulasse. Yep, l’un des points forts de Seul sur Mars est sa bande-annonce !

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Même le choix très peu subtil du titre Français, référence à Seul au Monde (2001, Robert Zemeckis) – je n’ai rien trouvé d’officiel concernant ce fameux titre mais c’est tout de même assez évident – n’est pas inintéressant, parce qu’on peut réellement y penser à plusieurs reprises lorsque Matt Damon commence à abandonner sa prison rouge – même si en VO, il n’y a eu aucune volonté de rapprocher les deux œuvres, étant donné que les titres originaux sont Cast Away et The Martian.

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Matt Damon se retrouve donc une nouvelle fois seul sur une planète, après Interstellar !

Globalement, je ne peux que vous le conseiller, même si j’ai objectivement quelques défauts à lui reprocher (cet article serait inconsistant sinon). En effet, l’optimisme du scénario provoque parfois un manque de sérieux dans le traitement de l’enjeu dramatique, heureusement contre-balancé par des vraies scènes de tension, notamment la scène de fin qui est renversante. En eux-même, les effets spéciaux sont kitchs, probablement moins travaillés que dans Gravity (2013, Alfonso Cuaron) mais les décors sont sublimes, mieux trouvés que dans Mission to Mars (2000, Brian De Palma). Ridley Scott a toujours su faire des films magnifiques visuellement – pour citer Blade Runner (1982) – et c’est encore le cas.

La construction du personnage est très singulière, et ma vision personne est très particulière : je vois en Matt Demon face à l’adversité et l’hostilité de Mars, moins comme l’écrivain du bouquin original qui s’est inspiré de sa personnalité, Andy Weir, que comme étant le reflet de la personnalité du spectateur lambda face au film, admiratif et craintif face à une créature qui le dépasse. De façon plus globale, quasiment tous les protagonistes du films sont peu lucides et ne sont pas tout-à-fait représentatifs de ce qu’ils seraient dans notre monde. D’où l’utilité du brillant personnage incarné par Jeff Daniels, le plus cohérent du film, montré comme un homme intelligent et strict, mais pas comme un antagoniste. Seul sur Mars renouvelle aussi le gimmick du bad guy. Si depuis la fin des 90’s, les Matt Damon et autres Colin Farrell ont su transformer les bad guys bodybuildés comme Arnold Schwarzenegger et Sylvester Stallone (vestiges de l’Amérique de Reagan) en bad guys plus comestibles et crédibles (physiquement parlant, parce que c’est tout de même en 2002 que Pierce Brosnan conduisait une voiture invisible dans Meurs Un Autre Jour de Lee Tamahori), Seul sur Mars ré-invente (ou perfectionne) le bad guy psychologique : imperturbable et comique, sachant conserver un moral d’acier dans les pires moments. Pour parler de l’acteur en lui-même, son talent n’est plus à prouver. Ceci dit,  Matt Damon prouve ici qu’il n’a pas besoin d’autres têtes d’affiche à ses côtés pour tenir en haleine un blockbuster (mais c’est un acteur récurrent de la filmo de Steven Soderbergh donc il est évident qu’il s’agit d’un grand acteur, malgré les critiques que certains lui font). Il joue très bien ici, s’amuse, est parfait pour le rôle.

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Passé l’invraisemblance de certaines scènes, l’improbabilité globale du scénario, et les quelques mauvais clichés du genre, on se retrouve face à un film drôle et bien construit. Seul sur Mars est une sorte de film catastrophe spatial intelligent et comique qui tire ses points positifs d’une science-fiction grand publique. Son global succès critique et commercial sur le sol Américain (comme Français) est mérité, c’est un film émotif, innocent et inattendu.

2015 : l’Odyssée de Ridley Scott ?

Avec Seul sur Mars, le cinéaste puise à la source de son cinéma. Mais quel est ce cinéma ? Pourquoi l’ombre d’Alien (1979) plane encore sur sa filmographie en 2015 ? Pour halloween, je voulais justement vous proposer un bon vieux film d’horreur à l’ancienne (c’est pour ça que je n’ai pas publié ma critique plus tôt). J’ai peu d’intérêt à réécrire un article sur la saga car je pense avoir fait le tour du sujet sur ce site. Je vous invite donc à vous rediriger vers les archives si vous avez envie de découvrir un peu plus de choses sur ces films (d’autant que, pour le coup, j’ai gratté pas mal d’informations partout), mais surtout à vous re-mater le premier opus. Alien a fait de l’espace un terrain de jeu anxiogène et dangereux, là où Seul sur Mars en profite pour jouer avec le genre, gentiment. Les deux ne se valent pas dans l’histoire de l’innovation cinématographique (Alien fut un claque), mais forment un sympathique diptyque « Ridley-Space début + fin de filmographie » que j’aime beaucoup.

En fin de compte, je trouve que les qualités de Seul sur Mars complètent Alien, et il est assez cool de se dire que vous vous retrouverez bien plus seul chez vous en regardant ce dernier, avec du pop corn, que Seul sur Mars, dans une bonne salle de ciné, avec vos amis. Faites votre choix, et surtout…

Passez un joyeux halloween !