Terminator : Genisys, un retour… Fracassant !

Avant de débuter en fanfare cette critique de Terminator : Genisys de Alan Taylor, je me dois d’exprimer un gage de non-objectivité : je suis extrêmement fanatique de la saga et Terminator (1984, James Cameron) premier du nom est l’un de mes films préférés, que je placerais même aisément dans mon top 5 approximatif. Je me revois encore enfant, en 2005 précisément, expliquer la logique temporelle de la trilogie à un ami de l’époque qui n’y comprenait rien… Aujourd’hui, ce serait un peu plus compliqué ! Et, pour information, le premier article publié sur ce site traite de la saga Terminator. Je vous avais promis une critique de ce nouvel opus de la franchise, et le moment est venu !

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J’avais peu d’espoir en voyant les bandes-annonces exécrables de ce nouvel opus, et j’ai eu raison de n’en attendre rien. Car ce dernier film est de loin le plus mauvais de la saga. On aime ou on n’aime pas Terminator 3 : le Soulèvement des Machines (2003, Jonathan Mostow) et Terminator : Renaissance (2009, Joseph McGinty), personnellement je les apprécie même si je trouvais ce dernier un peu plus oubliable.

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« Vieux, pas obsolète. »

Étant donné que Terminator : Genisys se vend comme un pompage (chaotique) du Terminator original, je vais vous expliquer ce qui me touche dans ce premier opus.

Tout comme pour La Mouche (1986, David Cronenberg), je trouve que la perfection de Terminator résulte dans le subtil équilibre de plusieurs éléments : la simplicité du postulat de science-fiction basique dont se nourrit l’histoire (un homme se transforme en mouche ; un homme venu du futur doit empêcher la mort d’une jeune femme) offre une intrigue prenante, un registre sombre ajouté à l’histoire (Terminator instaure ce que l’on a appelé le technoir, tandis que La Mouche baigne dans de l’horreur plus classique) rend le concept mystérieux et crédible, et enfin, la romance poignante permet la création d’un couple parfait à l’écran (Jeff GoldblumGeena Davis ; Michael BiehnLinda Hamilton).

Alors, que vaut ce fameux Terminator : Genisys ?

Pour moi, il souffre de tous les défauts des grosses productions actuelles. Pour reprendre les mots de mon ami le phoque bleu, on dirait plus une fan-fiction d’un adorateur de la saga qu’une véritable suite. Le réalisateur, Alan Taylor, est surtout connu pour avoir réalisé Thor : Le Monde des ténèbres (2013), l’histoire d’un Dieu Nordique qui devient super-héros (pour pitcher de façon explicite et cynique le principal reproche que je fais à Marvel).

Le synopsis : En 2029, John Connor (Jason Clarke) et son armée sont proches de vaincre définitivement Skynet. Découvrant la fameuse machine à voyager dans le temps venant d’être utilisée, le lieutenant Kyle Reese (Jai Courtney) se porte volontaire pour protéger Sarah Connor (Emilia Clarke) d’un T-800 (Arnold Schwarzenegger) envoyé en 1984 pour la tuer. Seulement, rien ne se passe comme prévu : au moment du voyage, Skynet (Matt Smith) refait son apparition et attrape John Connor, ce qui injecte des souvenirs d’une autre timeline à Kyle Reese, tandis qu’arrivé en 1984, il découvre une Sarah Connor sur-entrainée par un T-800 « Papy », qui la protège depuis ses 9 ans. Après avoir vaincu le T-800 et un T-1000 (Lee Byung-hun), Sarah Connor et Kyle Reese voyagent jusqu’en 2017 pour détruire Skynet, devenu un système d’exploitation commercial nommé Genisys, créé par Miles et Danny Dyson (Dayo Okeniyi ; Courtney B. Vance) de l’entreprise Cyberdyne Systems. Ils croisent sur leur chemin l’inspecteur O’Brien (J. K. Simmons), un policier que Kyle Reese a sauvé en 1984, et un John Connor trafiqué, le T-3000, venu défendre Skynet…

Le film hésite constamment entre le reboot et la véritable suite, en prenant l’apparence d’une sorte de remake dans ses premières minutes. Et changer d’acteur, encore et encore, à l’intérieur d’une licence, ça devient lourd à la longue. Edward Furlong (et Michael Edwards) dans T2 puis Nick Stahl dans T3 puis Thomas Dekker dans les Chroniques de Sarah Connor (2008-2009, Josh Friedman) puis Christian Bale dans T4 et enfin Jason Clarke dans T5… La saga n’est pas censé être ni James Bond, ni Doctor Who (même si, visiblement, on a Matt Smith au casting) ! Au final, les studios prennent même le risque de finir cette trilogie comme la franchise The Amazing Spider-Man (2012/2014, Marc Webb) étant donné que les droits sur Terminator reviennent à James Cameron en 2019. Et tant qu’à critiquer la production en elle-même, autant sur-expliciter le fait que le cliffhanger post-générique de fin est exécrable et que, encore une fois, j’ai la forte impression que l’industrie hollywoodienne actuelle est totalement pervertie par Marvel. Et pour entasser le film un tout petit peu plus, je tiens à souligner le fait que la VF soit médiocre pour un film d’une telle ampleur commerciale. Vous allez me dire, entre Lucy (2014, Luc Besson) et les Gardiens de la Galaxie (2014, James Gunn), je ne sais pas quel doublage était le pire (probablement ce dernier, où l’on parle de Jack Sparrow en Français alors que Chris Pratt a quitté la Terre depuis 1988).

Pour parler un peu des acteurs, Jai Courtney est peu convaincant (on est loin du Chris Pratt de Jurassic World) et clairement pas à la hauteur de Michael Biehn ; heureusement, Arnold Schwarzenegger surjoue un peu mais s’amuse, et Emilia Clarke et Jason Clarkeaucun lien je suis fils unique ») s’en sortent plutôt bien dans leurs rôles.

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« Que fit Alan Taylor quand il finit de réaliser Thor 2 ? – Il terminator ! »

Pour lister rapidement les problèmes de Terminator : Genisys avant de revenir sur le nœud scenaristique du film… Les running gags sont efficaces mais les clins d’œils sont aussi peu subtils que dans Jurassic World. La relation entre John Connor et Kyle Reese est totalement ratée (c’était un peu plus réussi dans Terminator 4) : on oublie toute la subtilité du mécanisme temporel de la saga “ le père à la place du fils et le fils à la place du père ”, ici, John Connor pour Kyle Reese, c’est grossièrement… Son pote. Et la révélation du “ au fait, tu ne le savais pas mais tu es mon père ” m’a fait l’effet de voir un type jeter une brique dans un étang. Là, on est bien loin de Star Wars Épisode V : L’empire contre-attaque (1979, Irvin Kershner). Le personnage de J. K. Simmons est intéressant et bien construit mais totalement survolé : finalement, il aurait peut-être mieux fallu faire revenir le Dr Silberman (Earl Boen). Le traitement du T-800 et du T-1000 n’est pas bon, ils sont tués trop facilement, cela minimise l’impact des personnages dans les films précédents. Et, si on peut récréer un jeune Arnold Schwarzenegger grâce à la magie des effets spéciaux… Pourquoi ne pas récréer un jeune Robert Patrick ? Au passage, le côté « fun » du T-800 est plus réussi dans Terminator 3 et le « mi-homme mi-machine » est immensément plus réussi et plus crédible dans Terminator 4 ! Et quant à reprendre des éléments du Terminator original juste pour faire un clin d’œil aux fans, comme la photographie de Sarah Connor, autant l’assumer jusqu’au bout, et tourner une scène où la photo est prise, comme dans l’original ! Et le fait de vouloir rendre John Connor méchant était une bonne idée, à condition de ne pas spoiler cet élément avant la sortie du film. En revanche, la confrontation entre Skynet et John Connor est réussie : on comprend plus en quoi le héros est l’entité ennemie et la némésis de Skynet que dans Terminator 4 où il semblait simplement être un combattant un peu récalcitrant. De plus, l’idée d’un Skynet qui voyage à travers différentes timelines pour arriver à ses fins est une bonne idée. Le propos général sur le monde connecté est également intelligent et dans l’air du temps, même si l’on préférera le propos de Jurassic World sur la surenchère de l’industrie du divertissement, qui peut d’ailleurs étrangement s’appliquer à Terminator : Genisys… Par ailleurs, j’aime de façon cynique que les deux seuls personnages qui comprennent internet soient les plus vieux de l’histoire…

Le scénario, plus que bordélique, coule sous des questions pertinentes et évidentes sur la logique de l’intrigue. Pour résumer à quel point le scénario se tire une balle dans le pied dès le début, je vais dire que si Terminator : Genisys était Titanic (1997, James Cameron), le voyage dans le temps serait l’iceberg. Car, au moment de voyager dans le temps, Kyle Reese cumule les souvenirs de 2 vies différentes. Je trouve que c’est un détournement scénaristique ridicule qui sert l’intrigue de façon bidon et ne fait que créer des incohérences ou rendre l’histoire plus compliquée qu’elle ne devrait l’être. Mais déjà, quelque chose me pousse à dire que la saga est sabordée ou mal comprise à partir du moment où Sarah Connor et son papy T-800 sont capables de créer une machine à voyager dans le temps avec des bouts de ficelles. Hormis le fait de dire que, au final, les personnages auraient pu créer facilement une machine à voyager dans le temps pour détruire Skynet depuis déjà au moins deux films (mais bon, je vais plutôt me taire), j’ai une interrogation qui me turlupine un peu : pourquoi vouloir jouer avec le voyage dans le temps ?! C’est ce qui faisait toute l’originalité et l’intérêt de la saga par rapport à Retour vers le Futur (1985, Robert Zemeckis) selon James Cameron lui même : le voyage dans le temps ne servait qu’à propulser les personnages dans un univers et mettre en place le cadre spatio-temporel, mais n’a jamais fait partie intégrante des enjeux des films ! Bien au contraire, savoir s’opposer au destin en aillant à disposition uniquement des informations sur le futur créait du suspense et donnait un intérêt à suivre les choix des personnages dans Terminator 2 et Terminator 3 au delà même du premier. Et je dis ça de façon très objective car je suis fan de voyage dans le temps ! C’était pour moi un rêve d’enfant de pouvoir contempler la machine qui a envoyé Kyle Reese dans le passé… Mais c’est balayé trop rapidement pour faire avancer l’intrigue et privilégier les scènes d’action ! En plus, le voyage dans le temps n’est pas assez réfléchi et infirme les scénarios précédents… Le film fait totalement abstraction de plusieurs éléments de la saga, ce qui flingue la cohérence intrinsèque des films (à force de vouloir jouer avec le voyage dans le temps pour le fun) et… Ne prend tout simplement pas en compte Terminator 3 ?

Dès que l’on gratte la surface du film en se posant une question, le scénario s’effrite et tombe en lambeaux. Par exemple : Comment Genisys peut être créé en 2017 par Cyberdyne ?

En 1995, Dyson ne peut pas créer Skynet à partir de débris du T-800 de Terminator, étant donné que le modèle est détruit par Sarah et Kyle en 1984 dans Terminator : Genisys. D’accord. Mais comment Dyson peut créer Genisys en 2017 sachant que, d’accord il n’a pas à sa disposition la technologie Terminator mais est aidé par le T-3000 John Connor, mais que Skynet s’est auto-engendré grâce au T-X en 2003 dans Terminator 3 en s’infiltrant dans les réseaux de l’armée ? Le T-X peut faire tranquillement son job, même la non-confection d’un nouveau John Connor dans cette timeline n’empêche pas Skynet d’envoyer son T-X, puisqu’il est envoyé pour tuer d’autres futurs belligérants de la résistance (ce qui reste un point bancal de Terminator 3) !

Je ne dis pas ça pour remettre en question la logique temporelle du film car énormément d’éléments sont passés sous silence (personne ne sait qui a envoyé le T-800 sauver Sarah du T-1000 dans son enfance) et que la saga souffre de problèmes temporels à la base (je ne compte pas développer ce point) mais pour exprimer clairement en quoi je trouve que se servir directement du voyage dans le temps en plein milieu d’un film Terminator, c’est une erreur. C’est du fan-service bas-de-gamme qui permet de détruire les enjeux des films précédents d’un coup de baguette magique temporelle. Et puis, pour insister un peu… Comment envoyer un T-1000 fait de poly-alliage mimétique si la machine n’accepte que le rendu sous du tissus humain ? D’accord, je cherche peut-être les incohérences même là où elle ne sont pas, mais au point où on en est, autant dire que je me pose la question !

Et puis, enfin de compte : qu’est-ce que Skynet est ? C’est un programme virus infiltré dans la base de l’armée ? Un jouet de Cyberdyne ? Un système d’exploitation ? Genisys ? Un T-5000 ?? Interprété  par le Docteur ??? WTF ?!

Pourquoi ne pas avoir fait plus simple ?

Je ne comprends tout simplement pas pourquoi on se retrouve avec une telle histoire, un tel flot d’absurdités incompréhensibles dignes d’un sacré nanar. Terminator : Genisys reste plutôt sympathique et divertissant malgré cela, et on passe un bon moment devant (il y a des films bien plus mauvais) mais j’aime trop la saga originale (oui, même les opus 3 et 4, pour ce qu’ils apportent d’intéressant) pour ne pas critiquer ouvertement le travail effectué ici.

Cette nouvelle trilogie Terminator débute donc avec un premier opus au scénario aussi catastrophique que sa promotion. On se retrouve donc avec un blockbuster peu marquant (d’autres sont déjà passés piller le box-office, à commencer par Jurassic World), peu innovant et sans personnalité. Alan Taylor est un faiseur plus qu’un véritable auteur, qui a choisi de faire un film avant-tout pour les fans, et pour le grand public, et pour faire plaisir au vieux James Cameron en le brossant dans le sens du poil, en repiquant quelques uns de ses plans et quelques unes de ses idées. La démarche commerciale est creuse, les affiches du film sont laides (on préférera largement le charismatique Chris Pratt avec ses raptors sur l’affiche de Jurassic World) et les bandes-annonces ont révélé toutes les bonnes idées du film (on préférera l’excellente promo de Star Wars Épisode VII).

À aucun moment je n’ai ressenti que Terminator : Genisys était « la vraie suite de la saga », en comparaison avec les deux derniers opus ; la narration de Terminator 3 est bonne, le scénario est intelligent et les dialogues sont réussis tandis que Terminator 4 regorgeait de bonnes idées (et le fait que son histoire se passe dans le futur le distinguait un peu du reste de la saga). Et puis d’ailleurs, pourquoi ne pas être resté dans la continuité de Terminator : Renaissance ? Pourquoi s’en être éloigné à ce point ? Tant qu’à faire une suite, autant rester dans un univers proche du film précédant qui lui, réussissait, sans prétention, à instaurer des éléments pour créer une trilogie tout en se suffisant à lui-même… Ou alors, tant qu’à reprendre quelques idées du premier film, pourquoi ne pas montrer plus d’images de la guerre contre les machines ? Pourquoi ne pourra-t-on jamais avoir une version de la guerre nucléaire proche du flashback de Kyle Reese dans Terminator ?

Bref, je pense que le principal problème de Terminator : Genisys est son manque de consistance plus que son scénario bancal. Il est trop construit afin d’amener une suite, ce qui fait qu’il est difficile à appréhender à chaud, seul. C’est un morceau d’un tout commercial dont il faut attendre la suite pour se sustenter convenablement, et c’est une erreur de réaliser un film comme ça. Ce qui me déçoit un peu, c’est que Terminator : Genisys aurait pu être réalisé par Denis Villeneuve, un cinéaste qui a une véritable personnalité. À la place, il va réaliser la suite de Blade Runner (1982, Ridley Scott), prions pour qu’il fasse de son mieux.

>>> Mon avis sur Blade Runner 2 <<<

Alors, plutôt que de vous donner le mauvais conseil d’aller ou de ne pas aller voir ce film, je vais vous conseiller de regarder 3 films plus réussis que Terminator : Genisys : premièrement, si vous cherchez du grand spectacle grâce à une vieille franchise remise au goût du jour et qui va engendrer des suites, regardez plutôt Jurassic World (Colin Treverrow). Malgré les quelques erreurs scénaristiques et les quelques maladresses du film, le principal reproche que j’ai à lui faire est de rester dans l’ombre du Jurassic Park (1993, Steven Spielberg) original. Deuxièmement, si vous cherchez vraiment à revivre le plaisir du premier Terminator, en 2015, rematez vous donc… Le premier Terminator ! Je n’ai aucune raison de ne pas vous donner ce bon conseil, il y avait déjà tout dans le premier film. Et pour finir, cela va rester mon conseil majeur jusqu’à la fin de l’année, regardez Mad Max : Fury Road (George Miller), s’il devait y avoir une « vraie » suite dont une quelconque saga de films pouvait avoir besoin cette année, c’est bien ce film.