4 films originaux à voir pour la Saint-Valentin

Le 14 février, c’est la fête des amoureux. J’ai à la fois énormément de choses à raconter car le sujet et large, et en même temps je n’ai aucune envie de faire un énième top des couples les plus romantiques ou des scènes les plus hots de l’histoire du cinéma. En fait, il me semble plus judicieux de vous parler de plusieurs visions de la chose, selon ma cinéphilie toute personnelle, qui est (pour le coup) vraiment singulière sur le sujet.

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Joyeuse saint-Valentin à tous.

9 semaines 1/2 (1986) de Adrian Lyne, un film culte sous-estimé.

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Adrian Lyne

Tout le monde l’a vu ou en a entendu parler, 9 semaines 1/2 est devenu un film culte incontournable de la décennie 80, avec la fameuse scène du strip tease de Kim Bassinger devant Mickey Rourke, à l’époque au top de sa forme (un vrai sex-symbol en devenir). Pourtant, c’est un film terriblement mal-aimé. Echec critique et commercial sur le sol américain et succès uniquement commercial à l’international… Mais alors on peut se demander, comment est-il rentré dans la légende ? Qu’est-ce qui fait que je vous recommande ce film ? Et bien cela tient en un nom : Adrian Lyne, le réalisateur le plus sous-estimé de sa génération. Cela ne vous dit rien ? Pourtant, Oscar du meilleur réalisateur en 1987 pour Liaison Fatale, avec Michael Douglas et Glen Close (film qui d’ailleurs me terrifie bien plus que n’importe quel film d’horreur que j’ai pu voir dans ma vie). Mais son plus succès reste probablement Flashdance (1983), dont les musiques Maniac de Michael Sembello et What A Feeling d’Irene Cara vous viendront probablement en tête à la lecture de ces lignes… Bref, pour en revenir à 9 semaines 1/2, il s’agit d’un film qui a acquit une notoriété culte mais est toujours considéré comme un navet des années après sa sortie. Pourtant, j’ai beaucoup de respect pour ce film. Est-ce parce que j’aime la filmographie de son réalisateur ? Il y a un peu de cela. Je trouve que globalement Adrian Lyne est un réalisateur phare qui fait frissonner la véritable Amérique à travers ses films. L’américain moyen qui – malgré sa personnalité sympathique – trompe sa femme avec une folle qui lui fait vite regretter dans Liaison Fatale, l’américain catholique moyen embarqué au Vietnam dans une guerre inhumaine dans L’Echelle de Jacob (1990), film que le 7ème Club a d’ailleurs projeté en 2014, l’américain moyen endetté qui se demande s’il accepterait de laisser coucher sa femme avec un autre homme une nuit pour un million de dollars dans Proposition Indécente (1993)… Et dans 9 semaines 1/2, œuvre plus intelligente qu’elle n’y parait, le couple américain moyen est dépeint à travers la complexité de sa relation sentimentale et sexuelle. La recherche du bonheur dans le risque, le tourment, les aléas de la vie de couple, c’est le thème central du film. Pour la saint-Valentin, cela peut vous permettre de découvrir plus que l’amour simple de toute comédie romantique ; donc, je vous le conseille fortement. Mais plus que 9 semaines 1/2, je vous recommande véritablement Adrian Lyne.

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Sexe, mensonges et vidéo est un film indépendant fauché très annonciateur des 90’s.

Sexe, mensonges et vidéo (1989) de Steven Soderbergh, un classique à redécouvrir absolument !

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Steven Soderbergh

Malgré son titre accrocheur, Sexe, mensonges et vidéo n’est pas très osé côté corporel. Si j’ai choisi de vous en parler, c’est avant tout parce que je le trouve intelligent et constructif. Lorsque je regarde un film, je ne demande pas à voir systématiquement une œuvre qui transcende son genre. Cela arrive, mais ce n’est pas ce que je demande. Ce que je veux en revanche, au minimum, c’est que le film que je regarde ait une personnalité, ne soit pas fade. Avec Sexe, mensonges et vidéo, j’ai été servi sur un plateau d’argent : la personnalité, ici, est celle du génial réalisateur Steven Soderbergh. En partie autobiographique, le film narre l’histoire de Graham Dalton, incarné par James Spader, et de tout un groupe de personnages fraichement issus des années 80. À travers le croisement des histoires et des confessions qu’apportent les protagonistes, le cinéaste pointe du doigt la difficulté de communiquer et de trouver sa place dans la société. C’est un film très générationnel, qui parle de sexe à un public qui le mystifie, s’en méfie, est conscient des risques – la révolution sexuelle des 70’s est déjà passée par là – et, de fait, se frustre ou se culpabilise. Bien évidemment, je ne cherche pas à faire de généralités ni à faire des suppositions infondées ! Mais je trouve que le message du film est pertinent, encore à l’heure actuelle où le marché de la vidéo pornographique est devenue florissant sur internet et où donc les adolescents découvrent la sexualité de manière virtuelle et factice. Sexe, mensonges et vidéo permet de comprendre comment fonctionne la sexualité de façon honnête et sentimentale. Cette approche unique ne se retrouve que dans très peu d’autres films. Dans le même style, je ne peux pas me défaire d’American Beauty (2000) de Sam Mendes, dans le sens où la critique de la « middle class » américaine est traitée de manière similaire, mais où la sexualité n’est plus le sujet traité, au profit du fantasme (sexuel ou non). Bref, je vous conseille vivement Sexe, mensonges et vidéo, c’est un film marquant et sein. C’est un film qui vous veut du bien ! De plus, je vous recommande la filmographie de Steven Soderbergh. Elle est dense et il est probable que vous soyez passés à côté d’autres chef d’œuvres comme Kafka (199..).

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Que donne le mélange entre les crashs automobiles et la sexualité perverse ?

Crash (1996) de David Cronenberg, controversé à raison ?

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James Spader, encore lui.

J’en ai déjà parlé et j’en reparlerai encore, David Cronenberg est encore une fois immanquable dans cet article. C’est le réalisateur incontournable de la sexualité débridée et de ses effets néfastes. Le “sexe cronenbergien” comme je l’ai déjà défini dans un précédant article, est à la base du film Crash, connu pour la controverse qu’il a suscité lors du Festival de Cannes 1996, décrochant au passage le prix du jury. Avis aux âmes sensibles : c’est le film le moins accessible et le plus choquant de tous les films cités. Mais je ne pouvais pas faire l’impasse dessus ! Dès que je pense à un film contenant une scène de sexe inoubliable, je pense à celui-ci. Car, Crash est en réalité une quasi-complète scène de sexe, du début à la fin. Cela n’empêche pas le cinéaste d’y insuffler sa pâte, bien au contraire, puisque sa filmographie entière est basée sur le corps, sa manipulation et ses dérives. C’est un film qui vous prend littéralement aux tripes et qu’il vaux mieux voir – comme pour beaucoup de ses films – plusieurs fois, dans un contexte propice à l’ouverture d’esprit. Parce qu’un homme averti en vaut deux, je vous conseille également de vous plonger dans la filmographie du bonhomme pour comprendre de quoi il est question. Je citerai uniquement La Mouche (1986) en plus de Crash, car pour la saint-Valentin, c’est un film plutôt efficace et réconfortant (surtout pour des cinéphiles célibataires un peu geek sur les bords tel que moi). Cela a de quoi surprendre, mais en fait pas tant que cela. Après tout, mon film préféré pour ce jour reste définitivement Terminator (1984) de James Cameron, mais je m’égare… Bref, Crash est un film singulier mais que je vous recommande fortement pour l’occasion ; n’y voyez pas qu’un film emphatique et provocateur car plus que cela, il s’agit d’une œuvre pertinente dans la filmographie de son auteur.

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Le film le plus iconique de l’histoire du sexe au cinéma : Basic Instinct.

Basic Instinct (1992) de Paul Verhoeven, je devais le citer !

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Paul Verhoeven

Basic Instinct est comparable à 9 semaines 1/2, en ce sens où les deux sont ancrés dans l’imaginaire collectif grâce à des scènes “torrides” – je mets des guillemets parce qu’après Crash, les deux films sont de petits joueurs en matières de subjectivité des scènes concernées – impliquant une actrice sexy ; ici, la délicate suspecte Sharon Stone est interrogée par l’inspecteur Nick Curran (pas seul) joué par Michael Douglas (qui a également joué dans Liaison Fatale d’Adrian Lyne, la boucle est bouclée). Au cours de cet interrogatoire, il y a un magnifique jeu de jambes de la part de l’actrice qui ne porte, pour ainsi dire, pas de tenue adéquate… Ce film a été réalisé par un monstre du cinéma, à savoir Paul Verhoeven, connu entre autres pour ses films Robocop (1987) et – on en reparlera très bientôt – Total Recall (1990). Toutefois, à contrario des précédents films cités, je ne vous conseille pas spécialement les autres films du cinéaste pour bien comprendre le délire ; il se suffit bien à lui-même. En fait, c’est un film de genre. Et le genre, ici, c’est le thriller érotique : on y retrouve des films comme Liaison Fatale (une énième fois cité, j’aurais éventuellement pu le caser dans cet article également) ou – plus soft – le magnifique Blue Velvet (1986) de David Lynch. Bref, Basic Instinct avait tout pour devenir culte : des acteurs d’exception, un réalisateur talentueux, et des compositions musicales de Jerry Goldsmith (un habitué des films de Paul Verhoeven) ! L’atmosphère froide du récit, soutenue par une sublime photographie, et son rythme en ont fait le film le plus représentatif du genre. Mais, pour en revenir à la scène culte – celle qui mérite un arrêt sur image – de Basic Instinct, il faut savoir que l’actrice ne savait pas que la séquence serait aussi explicite. Le cinéaste avait prétexté un défaut de luminosité pour faire retirer la culotte de l’actrice. Découvrant cela le jour de l’avant-première à Cannes, elle l’aurait giflé, se sentant trahie et humiliée. Car, c’est un film qui ose défier le spectateur, l’oppresser, le faire suer… Et il est de bon goût de se dire qu’à travers peu le film, Paul Verhoeven s’est essayé à pas mal de genre et a joué avec une image de provocateur (médiatique dans Robocop, « métaphysique » dans Total Recall et sexuel dans Basic Instinct) tout au long se filmographie, et même avec ses derniers films. Bref, c’est un film que je vous conseille encore une fois.