Vincenzo Natali, ou comment se prendre la tête avec quelques films géniaux.

Aujourd’hui, je vais vous présenter un réalisateur canadien peu connu par chez nous et pourtant très intéressant à étudier, Vincenzo Natali. Pour les lecteurs habituels, ce nom ne vous est pas inconnu, puisqu’il s’agit du réalisateur de l’excellent Cube (1997). Donc, je vous conseille également de lire mon précédant article sur la saga Cube !

cvip102

Elevated (1996)

Vincenzo Natali n’est pas un cinéaste comme les autres et c’est pour cela qu’il est très compliqué de définir correctement son art. Porté sur des scénarios de science-fiction singuliers qui feraient passer un quelconque épisode de la quatrième dimension pour une rigolade, et s’en servant pour donner des visions du monde à la fois terriblement recherchées et foutrement réalistes, il commence sa carrière de réalisateur grâce à son court métrage Elevated (1996), très annonciateur de sa filmographie. On y trouve déjà son acteur fétiche, son ami David Hewlett, qui jouera dans la plupart de ses films. L’histoire se situant dans un ascenseur, ne laissant aucune place au monde extérieur, rien ne nous permet de connaitre la véritable explication du court métrage, et c’est là où le génie de Vincenzo Natali subsiste : ne jamais donner d’explication. Toute la subtilité de sa filmographie tient ici, le but du jeu n’est pas savoir pourquoi les protagonistes de ses films sont coincés dans de telles situations, le but du jeu est de savoir où vont aller les personnages, quels chemins vont-ils choisir pour s’en sortir et où cela va-t-il les mener ? Bref, pour un fan de science-fiction qui aime se prendre la tête comme moi, inutile de dire que c’est absolument parfait. Mais pour d’autres, qui ne correspondent très certainement pas à ce critère, Vincenzo Natali se fout des enjeux qu’il met en place dans ses films en les désamorçant avec une morale pessimiste, paranoïaque ou nihiliste. Le fait est que, bien que je sois contre cet avis, je comprend parfaitement ce que ces personnes puissent penser cela. Car, effectivement, toute la sève du cinéaste consiste à nous faire prendre une bonne dose de paracétamol avant que nous nous écrions « Wahouw… J’ai rien compris. » et ce foutoir ne prendra de sens qu’après des heures de réflexions. Mais, c’est normal ! Bien qu’il nous donne des pistes concrètes, aucun des films de Vincenzo Natali n’est à prendre au premier degrés, sauf à quelques rares exceptions. En témoigne son premier film…

cvip103

Cube (1997)

Cube (1997) ! Ça risque d’être très difficile pour moi d’en reparler sans me répéter. Et je n’ai franchement aucun intérêt à en dire plus que dans mon précédant éditorial sur le sujet car, ce serait très clairement vous raconter le film, et je préfère bien entendu que vous le voyez. Cela dit, j’ai quelques petites choses à ajouter. J’ail lu, à maintes reprises sur internet, l’avis de personnes qui n’avaient pas compris le film. J’aimerais réagir à ce fait en insistant bien sur chaque syllabe de ma phrase : tout est exprimé très clairement par les personnages. Les dialogues regorgent d’informations pour comprendre le film. Si j’ai dit précédemment que le cinéaste veut bien entendu surprendre en se servant de scénario compliqué, et bien cette phrase s’applique à Cube, mais pas totalement. Ce dernier dépeint juste une hallucinante fresque sur notre monde. On peut l’interpréter facilement de manière pessimiste, car tout s’y prête, mais si on y fait attention à certains détails, même si une seconde relecture s’impose – avec grande joie pour moi -, Cube peut devenir aussi une prévention. Un simple film, pas très long d’ailleurs, devient un énorme message d’espoir, de crainte, d’abandon, ou juste un film d’horreur sympathique, à vous de juger.

Dans tous les cas, Cube est l’oeuvre la plus symbolique de la carrière de Vincenzo Natali, et même si ses autres films s’en éloignent par leurs formes ou par leurs messages, tous tournent autour du premier film, qui lui même peut être vu comme une extension de son court métrage Elevated. Mais, s’en m’emporter, cet éditorial n’est pas une excuse pour reparler de ce film, mais bel et bien un article qui parle de toute sa filmographie…

cvip104

Cypher (2002)

Cypher (2002) est l’un des deux seuls films actuels de Vincenzo Natali qu’il n’a ni scénarisé ou co-scénarisé, où il n’a touché le scénario d’aucune autre manière qu’en tant que réalisateur, puisqu’il s’agit du scénario de Bryan King, un collaborateur récurant de Vincenzo Natali. J’en parle pour démontrer son investissement mais compte-tenu du fait qu’il n’a réalisé actuellement que 5 longs-métrages, mon argument ne semble dénué d’intérêt après cette remarque. Mais comme c’est ma chronique, je le dit tout de même, parce que j’ai envie. Bref, deuxième film du réalisateur et… Que dire ? Voici la meilleure preuve que Vincenzo Natali est un cinéaste indépendant… Compliqué. J’ai regardé ce film pour me faire une idée de l’homme après Cube, et je me suis dit, à la vue des commentaires sur le réalisateur et sur le film, que je ne devais absolument pas perdre le fil de l’histoire e cours de route. J’ai donc vu le film, d’une manière calme et concentrée. Et j’ai eu très clairement l’impression d’avoir regardé Usual Suspect (1995) de Bryan Singer, en étant sous l’effet du LSD, et ceci pour deux raisons. Premièrement, parce que j’ai perdu le fil de l’histoire à un moment totalement inattendu, et secondement parce que la fin de l’histoire a eu le même effet qu’un rouleau compresseur sur ma tête. Je m’attendais à une fin de ce genre, et pourtant je me suis tout de même laissé avoir. Parce que, outre le scénario bien putassier qui aurait causé l’essor spectaculaire de l’industrie du doliprane, la réalisation de Vincenzo Natali nous perd dans un tourment rocambolesque afin de nous rattraper au dernier moment, et je vous promets que si je devais comparer cette expérience cinématographique avec l’expérience d’un héro fictif, je me comparerais presque totalement à Nicholas Van Orton (Michael Douglas) dans The Game (1997) de David Fincher. J’ai ressenti exactement la même chose, je me suis senti manipulé pendant tout le film, et… C’est ce que voulait Vincenzo Natali ! Il a tenu son pari, celui de me perdre et de me retrouver… Comme si j’étais dans un cube géant enfin de compte ?

Mais je me rends compte que je ne vous ai pas livré de synopsis pour comprendre de quoi on parle, alors en voilà un : Morgan Sullivan (Jeremy Northam), un homme timide à la vie ennuyeuse postule chez Digicorp pour faire de l’espionnage industriel. Il va donc s’inventer une nouvelle identité autour du personnage de Jack Thursby, sa nouvelle identité en tant qu’espion, et rapporter des informations à son patron Finster. Sa rencontre avec Rita, une femme mystérieuse, va le forcer à se poser des questions : qui est-il ? pour qui travaille-t-il réellement ? serait-il l’instrument d’une manipulation qui veut le voir se transformer en Jack Thursby ? Morgan Sullivan décide donc de devenir un agent double afin de découvrir qui le manipule, pourquoi, et surtout, comment s’en sortir ?

Je vais me permettre de faire un petit commentaire que je ne pensais pas devoir faire dans l’article sur la saga Cube, mais, lorsque je dis que Cube Zéro (2004) de Ernie Barbarash est plus respectueux du travail fait par Vincenzo Natali que pour le second film, c’est parce que je pense très sincèrement que l’équipe de Cube Zéro s’est inspiré directement, non pas que de Cube, mais de Cypher, et surtout de la seconde partie du film. L’esthétique est la même dans les deux films, et le personnage de David Hewlett que l’on retrouve encore ici, est quasiment recréé trait pour trait par Michael Riley (Le Maitre du Jeu) dans le préquel. Hommage ou simple plagiat ? Allez savoir. Cela dit, ça refait un lien entre Vincenzo Natali et la saga Cube, c’est toujours bon à prendre je pense.

Bien évidemment, second film veut dire seconde critique du monde de la part du réalisateur. Et on peut y voir beaucoup de choses, une critique sur la définition d’identité, – très proche de Total Recall (1990) de Paul Verhoeven, cité comme inspiration par le réalisateur et le scénariste – sur la socialisation et la morosité de la vie et l’interaction de l’action dans le quotidien ainsi que sur la définition du bonheur… On peut aussi y voir une méfiance vis-à-vis des grandes entreprises qui veulent, arbitrairement ou non, conditionner la personnalité de chaque individu à travers son identité. Mais le véritable questionnement qui traumatisera le spectateur c’est cette réflexion sur les différents niveaux de manipulation : ainsi le manipulateur est manipulé par un autre manipulateur mais le sait et manipule son manipulateur qui lui même le sait et s’en sert pour le manipuler… Mais, et c’est aussi la grande question qui se cache derrière Cube, qui dirige le tout ? Qui manipule tout ? Cette mise en abîme des différents niveaux de manipulation peuvent se rapprocher un tantinet d’eXistenZ (1999) de David Cronenberg, mais je vais y revenir…

cvip105

Nothing (2003)

Vincenzo Natali enchaîne avec Nothing (2003), et confirme définitivement que sa passion, ce sont les concepts de science-fiction légèrement délirants, dans tous les sens du terme. Ici, le concept est terriblement simple, c’est le néant, le vide, le rien ! Et il nous livre ici son film le plus vide de sens et le plus léger. C’est bien simple, pour comprendre Cube et Cypher, pour véritablement les apprécier, il faut aimer réfléchir, un minimum. Ici, non. Du moins, je ne vous le conseille pas vraiment. Premièrement parce que, décoder le sens de ce film serait bien plus compliqué que de décoder Cube et bien moins intéressant – mais cela dit, c’est à vous de voir , secondement, cela pourrait définitivement vous faire sortir du film, car c’est le seul film de Vincenzo Natali où aucune explication n’est satisfaisante. Et finalement, car c’est un film bien moins compliqué qu’il en a l’air. C’est juste un trip délirant, à lire au second degré, où le canadien s’amuse de tout, et surtout de rien. L’ironie est mise en évidence, j’en cite la phrase « Votre maison n’existe pas selon le cadastre. » contrebalancé par le fait qu’à peine une minute après, la maison en question est la seule chose à exister dans ce monde ! Ha oui, ici je peux vous perdre… Une pause s’impose donc.

Un synopsis ? Voici donc : Dave et Andrew sont amis depuis leur enfance, Dave est égocentrique, Andrew est agoraphobe, tout deux cohabitent donc ensemble pour vivre dans un monde qui leur est hostile. Tandis que Andrew est le soutien de Dave dans la vie, ce dernier est son seul contact vers le monde extérieur. Ils vivent heureux ensemble jusqu’au jour où tout s’écroule : Dave, qui a prévu de s’installer chez sa petite amie, découvre qu’elle ne sort avec que pour détourner l’argent de la société qui l’emploie, tandis qu’Andrew est piégé par une petite fille qui l’accuse de l’avoir embrassé. La police sur le dos, ils s’enferment dans leur maison, une baraque en ruine coincée entre deux autoroutes. Alors que la maison s’apprête à être forcée de tous les cotés, une lumière blanche et vive la pénètre : c’est le monde qui disparaît. Il ne reste plus rien, du vide à perte de vue et un sol rebondissant fait de rien. Tout d’abord apeurés, les deux amis s’amusent finalement de leur sort, et découvrent être capable d’un étrange don, celui de faire disparaître ce qu’ils veulent. Mais ce qu’ils voient disparaître petit à petit, c’est leur amitié, oppressée par le vide qui subsiste à perte de vue…

Ce film est le plus étrange de la filmographie de notre réalisateur, et surtout le plus difficile à décrire. Déjà, nous avons à faire à un huis clos dans un espace loin d’être confiné puisque infiniment grand. Ensuite, il est difficile de s’exprimer sur les personnages. Ce sont des adulescents aussi attachants que asociaux, qui ne prennent du plaisir qu’à travers la futilité de leurs vies, à travers le vide de leur quotidien. C’est probablement le film où le montage, loin d’être le plus astucieux lorsqu’on a vu Cube, est tout de même le plus travaillé. On nous présente les personnages via un prologue en images animées très divertissant mais surtout qui nous plonge directement dans l’univers mis en place. Mais ce qui fait que ce film est un peu comme une tâche chez Vincenzo Natali, c’est dans son message, trop décomplexé et… Positif. Trop ? C’est bien simple, la recette du bonheur, c’est un ami fidèle. Il n’y a besoin de rien pour être heureux, pas besoin de maison, pas besoin de corps (ni donc de sexualité), pas besoin d’argent, pas besoin de quoi que ce soit. Certains y voient un message nihiliste alors qu’en fait c’est loin d’être le cas. En fait, le message que je viens de citer ne s’applique pas, je m’explique. Dans un monde où rien n’existe, il est normal de trouver son bonheur grâce à un ami, mais le message est le même que pour Cube en fait, mais d’une autre manière : rien n’est réel dans Nothing, tout n’est que second degré. Le texte introductif prend là tout son sens : « Tout ce qui est monté dans ce film est vrai.« , il faut plutôt y voir un simple « Tout est faux, tout ceci est une blague et rien de ce qui est montré dans ce film n’a de sens. » car en réalité, tout ce que dit le réalisateur est absolument irréel. En clair, tout le film n’est qu’un prétexte pour faire ce que veut le réalisateur, peut importe que ça n’ai pas de sens puisque cela doit être le cas ! Et c’est là où le génie réside : faire un film positif mais fictif avant tout. Et ça devient le récit d’une amitié entre deux stupides hommes fous, qui laisse libre leurs instincts d’enfants. Et si vous arrivez à regarder ça, alors le film devient fort sympathique. Mais ayez à l’esprit que, rien n’est vrai, sauf le rien. Je me perds dans mes explications alors je passe au film suivant hein… Oublierais-je aussi de mentionner que Dave est interprété par David Hewlett (re) et que Andrew est joué par Andrew Miller, l’acteur jouant Kazan, un personnage autiste de Cube ?

cvip106

Splice (2009)

Après avoir réalisé Getting Gilliam (2005), un documentaire sur le cinéaste Terry Gilliam, à qui l’on doit notamment Brazil (1985), L’Armée des 12 Singes (1995) ou bien Las Vegas Parano (1998), ainsi qu’après avoir réalisé un segment de Paris, Je t’aime (2006), Vincenzo Natali réalise Splice (2009), échec commercial de sa carrière. Et franchement, quel dommage. Parce que, vu le passionnant sujet abordé, on peut être heureux que ce film existe… Du moins pour moi en tout cas. Et comme je compte me lancer dans une petite analogie, commençons directement par le synopsis : Clive et Elsa, un couple de chercheurs dont le travail est centré sur la génétique, ont réussi à créer des sortes de vers géants grâce à l’ADN de différents animaux. Newstead Pharmaceutical, qui finance leurs travaux, veut en extraire une protéine pour en faire des médicaments, et lancer la production une fois le processus stable. Mais Clive et Elsa décident, malgré des risques juridiques évident, d’hybrider l’espèce déjà présente avec de l’ADN humain. Dren, la créature féminine créée est élevée en secret par les personnages. Sa croissance se fait très rapidement et plus elle grandit, plus elle devient menaçante et agressive avec eux, qui ne savent pas comment faire pour éviter de conditionner leur créature à devenir un monstre. Pourtant, malgré tous leurs efforts, ils courent à la catastrophe…

J’ai cité plus haut le réalisateur David Cronenberg, dont je parle régulièrement sur ce site. Si je le mentionne maintenant, c’est que l’analogie est évidente : Splice aurait pu être un film de David Cronenberg. D’ailleurs, et ce n’est surement pas un hasard – cela doit être dû à l’éducation cinématographique qu’il y a là-bas – mais les deux hommes, Vincenzo Natali et David Cronenberg, sont Canadiens. Je vous redirige au passage vers mon article sur David Cronenberg. Vraiment, c’est flagrant lorsque l’on connait bien ce dernier. Je cite Frissons (1975) comme exemple car les deux vers que l’on voit évoluer dans Splice ressemblent terriblement aux parasites qui contaminent la population de Frissons. Et puis, lorsqu’on parle de croisements génétiques et de créature mi-humaine mi-animale, comment ne pas citer par évidence La Mouche (1986) ? D’ailleurs, la presse m’a largement devancé sur ce fait. Certains font juste le liens, et d’autres attaquent Splice comme un sous-Cronenberg sans intérêt. Mais pourtant ce n’est pas Cronenberg que cite Vincenzo Natali, c’est Alien (1979) de Ridley Scott et… Je vous redirige vers mon article sur la saga Alien. Et lorsque l’on sens la connotation sexuelle présente dans Splice, on se dit que l’analogie a bien lieu d’être. Cela dit, c’est tellement évident que je ne peux que le souligner sans argumenter plus.

Splice est un film bien intégré dans la filmographie du réalisateur, puisqu’il s’agit d’une critique assez virulente de la génétique et des manipulations qui peuvent être fait. Cela dit, ce n’est pas cette critique qui a titillé mon instinct de fan de SF, c’est la justesse avec laquelle Vincenzo Natali parle de son sujet. Bien que totalement improbable (du moins autant qu’un homme qui se transforme en mouche géante), l’histoire n’en est pas moins réaliste et… Réelle. Ces manipulations et la manière dont elles sont effectuées dans le film sont ancrées dans une démarche bien réelle. Cette créature, ce « montage biologique » homme-animal est un sujet d’actualité majeur dans le monde de la génétique et de l’éthique. Et cette éthique, c’est la sève du film, car tout ce qui est subit par les personnages dans Splice découle de choix arbitraires. Mais plus que la création d’un tel monstre, c’est sa relation avec les humains qui forme la morale du film. Une morale en demi-mesure – pas étonnant vu le sujet abordé ! –, tantôt être proche de la créature serait immoral, tantôt si on accepte ce rapprochement, alors une relation poussée avec la créature est envisageable. Même une relation sexuelle… Vous sentez l’orgasme des fans de SF complètement tarés ? Selon le réalisateur, une telle atrocité vient du désir de coucher avec quelque chose de non-humain, une pulsion venant du besoin d’évoluer. Terrible vision, mais fascinante.

cvip107

Haunter (2013)

Haunter (2013) achève actuellement la filmographie de Vincenzo Natali. Et c’est encore une fois un film indescriptible. Cela dit, il faut juger d’une chose nouvelle : le réalisateur est passé de la science-fiction au fantastique. Et dieu que c’est réjouissant. Alors non, ce n’est clairement pas son meilleur film, loin de là. Mais tout de même, lorsque l’on se laisse satisfaire par le genre, on trouve toujours à dire. Ainsi, Haunter est un film de fantômes. Et comme il s’y atèle pour la première fois, le cinéaste renouvelle totalement son esthétique. Cela dit, des yeux de lynx tels que les miens auront vite remarqué quelques plans discrets qui font écho à Cube ou à Cypher, dont le scénariste de ce dernier, Bryan King, est d’ailleurs l’unique scénariste de Haunter.

Un synopsis peut-être ? Voici donc : Lisa est une fille à la vie bien triste. Coincée dans une boucle qui la ramène éternellement la veille de ses 16 ans, et enfermée dans sa maison avec son petit frère et ses parents, elle commence à se douter que celle-ci renferme un secret, et des meurtres y ont été commis, ce qui pourrait être la cause de son isolement. Le linge disparaît mystérieusement tandis q’une voix semble l’appeler à travers le conduit d’aération de sa chambre. A la suite d’un contact avec ce qui semble être un esprit, quelques éléments changent dans son quotidien, et tout cela semble être la faute d’un étrange visiteur, Edgar, qui n’est autre que l’ami imaginaire de son petit frère…

Alors que dire ? Et bien il y a une chose flagrante à propos de ce film, c’est que malgré une réorientation artistique bien présente, un changement de genre, et une quasi-totale absence de critique philosophique, sociale ou morale, le réalisateur est toujours là, et le film s’inscrit parfaitement dans son oeuvre globale. En fait, la frontière entre le fantastique et la science-fiction est très mince, et Vincenzo Natali l’a très bien compris. Fidèle à la base même de son art (un huis-clos avec peu de personnages), il obéit tout de même à tous les codes du genre pour faire le plus classique des films de fantôme, à sa manière. Il sait rester original grâce à des retournements imprévus, mais surtout grâce à la fameuse règle du «pas d’explication». Et c’est avant tout cela qui fonctionne le mieux ! Cela dit, Haunter reste plus standard et surtout beaucoup moins subversif que ses prédécesseur. Peut-être plus ouvert au public classique d’une salle de cinéma, l’ironie se trouve en France (cocorico) où ce film est le seul de la filmographie du canadien a être directement sorti en vidéo… En tout cas, même si l’on peut moins s’emporter que pour ses autres films, Vincenzo Natali ne nous laisse pas sur notre fin : le dernier plan du film fait directement écho à la fin ouverte de Cube, histoire de nous rappeler que peu importe l’ambiance de ses films, il s’éclate et s’investit à fond car il est sûr de ce qu’il entreprend. Et inutile de préciser que nous avons le droit à David Hewlett dans un rôle quasi-anecdotique.

Bref, plus qu’un simple réalisateur méconnu, Vincenzo Natali est avant tout un génie méconnu, avec une singularité artistique qui force le respect et l’admiration. Néanmoins, ses films ne sont pas à placer devant les yeux de n’importe qui. Et comme un spectateur averti en vaut deux, j’espère vous avoir donné l’envie de vous plonger dans sa filmographie, ou vous attendent de véritables expériences cinématographiques. De mon côté, je vais regarder une énième fois Cube, son éternel chef-d’oeuvre.